Mohawks de Tyendinaga: la police intervient pour démanteler les barricades

TYENDINAGA, Ont. — La Police provinciale de l’Ontario (OPP) a déclaré avoir arrêté 10 personnes lundi dans le cadre de son opération de démantèlement d’un blocus ferroviaire sur le territoire mohawk de Tyendinaga, près de Barrie, qui a pratiquement paralysé le trafic des trains de marchandises et de passagers au pays depuis près de trois semaines.

Selon l’OPP, les policiers avaient donné aux personnes présentes sur les lieux la possibilité de partir volontairement ou d’être arrêtées. Les dix personnes arrêtées ont été plus tard libérées sous conditions. Le porte-parole, Bill Dickson, a indiqué que chacune fait face à de multiples accusations, mais n’a pas donné de détails.

L’OPP a en grande partie démantelé la barricade située juste à l’extérieur de Belleville, dans l’est de l’Ontario. En début d’après-midi, deux grosses dépanneuses industrielles ont délogé du site un camion chasse-neige. Les policiers ont enlevé les quelques pancartes restantes et éloigné les pneus de la voie ferrée, bien que quelques tentes étaient toujours en place. Les équipes du Canadien National ont également inspecté et testé les barrières ferroviaires au passage à niveau alors que la police nettoyait les lieux.

Des politiciens ont salué l’intervention policière pour mettre fin au blocage ferroviaire près de Belleville, mais le recours à la force a mis en colère des dirigeants autochtones, les membres de la communauté et des groupes de défense qui espéraient une solution pacifique.

«Les arrestations de militants des Premières Nations à Tyendinaga montrent une fois de plus que nous ne parviendrons jamais à la réconciliation par la force», a déclaré Perry Bellegarde, chef de l’Assemblée des Premières Nations, dans un communiqué.

M. Bellegarde a ajouté que des gens étaient chassés de leurs terres, mais que l’obstacle central au progrès des relations demeurait, soit une action sur les questions de longue date des droits ancestraux et des territoires des Premières Nations.

La Police provinciale a soutenu que son équipe de liaison avait tenté de négocier pacifiquement au cours des dernières semaines. «Nous sommes restés respectueux du dialogue en cours, y compris les questions de souveraineté entre nos communautés autochtones et divers ministres fédéraux, et nous espérions une communication productive menant à une résolution pacifique», a déclaré M. Dickson. «Malheureusement, toutes les voies pour négocier avec succès une résolution pacifique ont été épuisées et une injonction valide du tribunal reste en vigueur.»

Ces occupations de voies ferrées constituent une riposte à la décision de la Gendarmerie royale du Canada de faire appliquer une injonction du tribunal ordonnant à des manifestants de cesser de bloquer l’accès à un chantier de construction d’un gazoduc sur le territoire ancestral des Wet’suwet’en, dans le nord de la Colombie-Britannique. Les chefs héréditaires de la première nation Wet’suwet’en s’opposent au projet de l’entreprise Coastal GasLink, mais plusieurs conseils de bandes autochtones l’ont appuyé, dont le conseil de bande élu des Wet’suwet’en.

Les Mohawks «indignés»

Vendredi, le premier ministre Justin Trudeau a déclaré que les barricades devaient tomber et que les injonctions ordonnant le dégagement des voies devaient être appliquées. Le conseil de bande de Kahnawake «est fermement convaincu que les actions policières (à Tyendinaga) n’auraient pas eu lieu si le premier ministre Trudeau n’avait pas fait cette déclaration incendiaire vendredi, ne laissant aucun doute sur son plan d’action».

Le conseil de bande des Mohawks de Kahnawake, au sud de Montréal, s’est dit «indigné» et «dégoûté», lundi, par cette intervention policière, malgré «une solution imminente que les chefs héréditaires de Wet’suwet’en tentaient de trouver avec les gouvernements fédéral et provincial».

Les Mohawks de Kahnawake ont eux aussi érigé une barricade, celle-là sur une voie du Canadien Pacifique, qui empêche non seulement le CP de transporter des marchandises, mais paralyse aussi le train de banlieue qui relie Candiac au centre-ville de Montréal. À Kanesatake, une barricade a été érigée lundi sur la route 344, forçant les automobilistes à Oka à effectuer un détour.

«Nous ne pouvons pas exprimer assez fortement notre extrême déception dans le manque absolu de bonne foi démontré par un premier ministre qui répète que la priorité de son gouvernement est d’améliorer sa relation avec les peuples autochtones, indique le conseil de bande de Kahnawake dans un communiqué. Ce qui est arrivé au cours des derniers jours a, en fait, annulé les progrès dans l’établissement de relations avec les peuples autochtones.»

«Il est devenu très évident que l’utilisation d’injonctions et de la police contre les peuples autochtones qui ne font que défendre leurs propres terres contre un développement indésirable ne produira pas une résolution pacifique.»

Le premier ministre Trudeau avait convoqué lundi matin une réunion avec ses ministres pour discuter de la situation; à sa sortie, le leader du gouvernement en Chambre, Pablo Rodriguez, s’est contenté de dire que M. Trudeau avait «été clair vendredi». Le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, a de son côté indiqué que cette opération policière ne mettait «nullement en péril» l’engagement de son gouvernement pour une réconciliation avec les Autochtones.

Quelque 200 personnes sont venues sur la colline du Parlement, lundi matin, pour appuyer la cause de la nation Wet’suwet’en. L’accès à la colline était restreint et des policiers étaient postés à toutes les entrées des édifices.