#moiaussi: une journaliste indienne accusée de diffamation est acquittée

NEW DELHI — Un tribunal de New Delhi a acquitté mercredi une journaliste qui était accusée de diffamation criminelle pour avoir accusé de harcèlement sexuel un ancien éditeur devenu politicien et sous-ministre des Affaires étrangères.

L’homme de 70 ans, M.J. Akbar, avait déposé une poursuite contre la journaliste Priya Ramani en octobre 2018, en affirmant que ses allégations étaient fausses et sans fondements.

Mme Ramani a été la première femme à accuser M. Akbar de harcèlement, mais plus d’une vingtaine d’autres se sont ensuite manifestées. Les gestes qui lui étaient reprochés auraient été commis au moment où il comptait parmi les journalistes les plus en vue du pays. Quelques jours plus tard, M. Akbar a quitté son poste de sous-ministre, en 2018, devenant l’un des hommes les plus puissants à avoir été détrônés par le mouvement #moiaussi en Inde.

Le tribunal a tranché mercredi que «même un homme jouissant d’un statut respectable dans la société peut être un harceleur sexuel» et que «le droit à une réputation ne peut être protégé au détriment du droit à la dignité», selon le site internet Bar and Bench.

Les allégations contre M. Akbar ont commencé par un gazouillis de Mme Ramani en octobre 2018, dans lequel elle affirmait qu’il était le harceleur qu’elle avait décrit dans un article pour Vogue India l’année précédente. Elle avait à ce moment choisi de ne pas le nommer.

De nombreuses femmes, essentiellement des journalistes qui avaient travaillé avec M. Akbar ou lui avaient demandé un emploi, l’ont ensuite accusé de harcèlement sexuel.

Mme Ramani a applaudi le jugement de mercredi, estimant que sa victoire donnera aux femmes le courage de parler et qu’elle incitera les hommes puissants à y réfléchir à deux fois avant de traîner quelqu’un en justice.

M. Akbar nie systématiquement toutes les allégations. Il a alterné entre le journalisme et la politique avant de se joindre au parti Bharatiya Janata en 2014. Il a été nommé sous-ministre des Affaires étrangères en 2016.

«Cette victoire est importante parce que quelqu’un de puissant, qui dispose de toutes les armes judiciaires, a choisi l’option la plus draconienne — il a déposé des accusations criminelles contre elle, pas une poursuite civile, a dit l’avocate Karuna Nundy.

«Cette victoire a un puissant effet salutaire. Elle ouvre un plus grand espace pour dire la vérité et ne pas craindre l’intimidation judiciaire.»

Les allégations de Mme Ramani ont représenté un moment crucial du mouvement #moiaussi en Inde. De multiples actrices et écrivaines ont ensuite inondé les réseaux sociaux avec leurs propres expériences de harcèlement sexuel.

Le mouvement a notamment aidé à faire connaître une loi adoptée en 2013 qui stipule que les milieux de travail sont responsables des gestes de harcèlement sexuel et prescrit comment les plaintes doivent être traitées.

– Par Krutika Pathi, The Associated Press

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