Montréal connaît une hausse marquée du nombre de Mexicains qui demandent l’asile

MONTRÉAL — Le Canada a connu cette année une augmentation du nombre de Mexicains qui demandent l’asile, la grande majorité d’entre eux venant à Montréal. 

Ces demandeurs d’asile disent qu’ils fuient le Mexique à la recherche d’emplois et de sécurité, mais les statistiques montrent que la plupart des candidatures sont rejetées.

Ricardo Santos, 28 ans, est arrivé à l’aéroport international Montréal-Trudeau le 4 octobre. Il raconte qu’il ne connaissait pas grand-chose du Canada, mais il y avait un vol direct vers Montréal depuis Mexico.

«Je suis parti parce qu’il n’y a pas de travail et qu’il y a beaucoup de violence» au Mexique, a déclaré M. Santos lors d’une récente entrevue devant un YMCA du centre-ville, où il séjournait pendant le traitement de sa demande de statut de réfugié. «Le Mexique devient un pays plus dangereux.»

De janvier à la mi-octobre cette année, 6501 des 7968 demandeurs d’asile mexicains arrivés au Canada par avion ont atterri à Montréal, selon l’Agence des services frontaliers du Canada. C’est presque six fois plus que ceux qui sont arrivés à l’aéroport Pearson de Toronto. En 2021, un total de 1640 demandeurs d’asile mexicains étaient arrivés au Canada par avion.

«J’espère trouver du travail, explique M. Santos. J’espère que tout se passera bien avec la paperasse pour que je puisse commencer à travailler le plus tôt possible. Montréal est beaucoup plus calme que Mexico. Il semble y avoir plus de tranquillité, et cela semble aussi plus sûr.» Il soutient aussi qu’il est plus facile, pour un demandeur d’asile, d’entrer au Canada qu’aux États-Unis.

Plus de visa nécessaire

Carrefour solidarité Anjou, un organisme qui fournit de l’aide aux nouveaux arrivants à Montréal, indique que sur 1000 ménages utilisant ses services, environ 50 % sont des demandeurs d’asile mexicains. «On reçoit énormément de demandeurs d’asile venant du Mexique dernièrement, surtout depuis juillet», a déclaré récemment Hayet Mohamed, qui supervise les cours de francisation de l’organisme.

Selon Mme Mohamed, de nombreux demandeurs d’asile mexicains avec lesquels elle s’est entretenue au cours des derniers mois ont déclaré avoir choisi Montréal parce qu’il est facile d’y arriver depuis le Mexique. De plus, les Mexicains n’ont pas besoin de visa pour voyager au Canada, puisque l’exigence a été levée en décembre 2016 par le gouvernement fédéral.

Amparo Duarte, qui travaille également au Carrefour solidarité Anjou, soutient que de nombreux immigrants mexicains ont cité la facilité du processus de demande d’asile comme une autre raison de choisir le Canada. «Selon ce que les gens m’ont dit, il est facile d’entrer au pays, et la démarche est plus rapide, et c’est le gouvernement du Québec qui facilite l’entrée», a déclaré Mme Duarte lors d’une récente entrevue. Elle rappelle que le gouvernement québécois a simplifié l’accès à l’aide sociale «et que cela donne aux demandeurs d’asile l’assurance qu’ils recevront une aide financière».

Le site Internet du gouvernement du Québec indique que les demandeurs d’asile qui arrivent peuvent demander une aide financière de dernier recours s’ils éprouvent des difficultés financières. L’aide vise à fournir de l’argent aux immigrants le temps nécessaire à leur intégration au marché du travail, après l’apprentissage du français.

La Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada indique qu’entre janvier et juin, 2747 demandes d’asile de demandeurs d’asile mexicains ont été renvoyées à sa Section de la protection des réfugiés. En 2021, la Commission avait reçu 3321 demandes pour toute l’année.

«La raison de leur arrivée est pratiquement la même pour tous, donc si vous posez la question et discutez avec eux, c’est principalement l’insécurité dans leur pays. On parle de violence et d’insécurité, et surtout l’impossibilité de trouver du travail, fuir la misère», a déclaré Mme Mohamed.

L’organisme «Human Rights Watch» affirme que la violence est endémique au Mexique — y compris la torture, les disparitions forcées, les abus contre les migrants, les exécutions extrajudiciaires, la violence sexiste et les attaques contre les journalistes indépendants.

«Le système de justice criminelle échoue régulièrement à rendre justice aux victimes de crimes violents et de violations des droits de la personne», concluait l’organisme dans son rapport sur ce pays en 2022.

Des familles 

Mmes Mohamed et Duarte ont déclaré que la plupart des immigrants mexicains qui ont recours à leurs services sont des familles.

Francisco Varela Hernandez, 24 ans, séjourne également au même YMCA du centre-ville de Montréal que M. Santos, depuis son arrivée dans la métropole le 10 octobre. Il dit avoir quitté son pays d’origine à cause de la violence.

«Au Mexique, j’ai vécu quelques rencontres violentes, et j’ai donc décidé de partir. J’ai senti que Montréal était une bonne option, car l’économie est bonne et aussi parce que cette ville est l’une des moins chères au Canada pour certaines choses, comme le logement», a déclaré M. Varela Hernandez.

Mme Mohamed souligne toutefois que de nombreux demandeurs d’asile qui viennent à son organisme sont dans une situation précaire, car ils ont souvent du mal à trouver un logement et de la nourriture, et à devenir financièrement stables.

Une fois que les demandeurs d’asile ont demandé l’asile au Canada, ils peuvent demander un permis de travail, mais ils ne pourront peut-être pas rester longtemps. La Commission de l’immigration et du statut de réfugié affirme que la majorité des demandeurs d’asile en provenance du Mexique ne répondent pas à la définition de réfugié telle que définie par les Nations unies, qui est utilisée par le Canada. Afin d’obtenir le statut de réfugié, un demandeur doit convaincre la commission qu’il a besoin de protection.

En vertu de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés du Canada, une personne à protéger est une personne qui serait soumise personnellement à un danger de persécution, à un risque pour sa vie ou à un risque de traitements ou de peines cruels et inusités si elle était renvoyée dans son pays natal.

La Commission du statut de réfugié du Canada affirme que sur les 2747 demandes d’asile reçues de janvier à juin de cette année, 637 ont été acceptées et 850 ont été refusées. Les autres demandes ont été abandonnées, retirées ou sont en attente d’une décision.

Cette dépêche a été rédigée avec l’aide financière des Bourses de Meta et de La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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