Montréal-Nord : Solidarité en temps de pandémie

MONTRÉAL — Pour les Haïtiens, le 1er janvier marque le Jour de l’indépendance, une occasion de commémorer la fondation de la première république noire de l’ère moderne. Les Québécois d’origine haïtienne, dont la communauté a été particulièrement frappée par les effets de la COVID-19, ont-ils le cœur à la fête cette année? Rencontres avec quatre d’entre eux pour faire le point sur une année de chocs et de défis, mais aussi porteuse d’espoir. 

Quatrième et dernier portrait : Stéphanie Germain, intervenante jeunesse et membre du conseil d’administration de Hoodstock

Au moment où est décrétée la crise sanitaire le 13 mars, Stéphanie Germain est chez elle. Elle finalise les détails d’un spectacle de danse qu’elle s’apprête à monter avec des élèves le mois suivant. Elle ne restera pas longtemps chez elle, même si on annonce la fermeture des écoles. 

C’est que l’inquiétude gagne les membres de l’organisme communautaire Hoodstock, dont elle fait partie. Le groupe réalise rapidement que Montréal-Nord, le quartier où est implanté l’organisation, pourrait potentiellement devenir un important foyer d’éclosion. Ils se préparent à venir en aide aux résidants.

«On l’a vue tout de suite avec le contexte socioéconomique. Le quartier est plus densément peuplé, il y a aussi plus de personnes par ménage, rendant la distanciation physique parfois difficile. Il y a également moins d’espaces verts», énumère Mme Germain. 

L’aide s’organise

Elle rappelle qu’au tout début du premier confinement les banques alimentaires étaient fermées. Un coup dur pour les familles dans le besoin qui comptaient sur cette aide. Avec ses collègues, elle a créé le groupe Facebook Entraide COVID-19 Montréal-Nord. 

«Ça a été difficile, mais j’ai vu une belle mobilisation, explique-t-elle. Quelqu’un écrivait « Je n’ai plus rien à manger » et tu voyais une dizaine de commentaires de gens qui se proposaient pour l’aider.»

Puis au fur et à mesure que des éclosions naissaient dans les CHSLD, il devenait évident que le nouveau coronavirus gagnerait le quartier où demeurent plusieurs travailleurs de la santé. 

«On a rédigé une lettre ouverte pour alerter le gouvernement au printemps», explique-t-elle. La lettre devait servir à éviter le pire, mais la missive a été ignorée jusqu’à ce que le problème prenne l’ampleur que l’on connaît. L’arrondissement étant devenu l’un des plus touchés par la pandémie. 

Une situation qui, à son tour, a généré une deuxième vague de solidarité, celle-ci externe. 

«Il y avait beaucoup de gens qui n’avaient jamais mis les pieds à Montréal-Nord», explique l’intervenante jeunesse. Il y a un monsieur qui a dit : j’ai vu ce qui se passe à la télé et je suis venu aider. Aussi simple que ça!»

Hoodstock organisait à ce moment-là plusieurs initiatives, dont la distribution de masques et autres produits sanitaires. 

L’aide est venue de partout. Mme Germain, qui coordonnait l’équipe de bénévoles, a même dû refuser quelques personnes. Parmi ceux qui étaient venus prêter main-forte, il y avait des gens de toutes les origines, de tous les coins de la ville. 

Elle a été témoin de la même unité lors des deux premières marches qu’elle a co-organisé à Montréal en mai, à la suite du décès de George Floyd, dont la mort sous le genou d’un policier à Minneapolis avait provoqué une onde de choc internationale.

Il y avait des milliers de personnes de toutes les couleurs, de tous les âges et de toutes les cultures, se remémore la jeune femme. Et c’est tant mieux puisque, selon elle, «il ne devrait pas y avoir de tabou autour du racisme et on devrait pouvoir en parler tous ensemble». 

La solidarité des gens au cours des derniers mois est l’une des choses qu’elle a gardé en mémoire de cette année 2020 que beaucoup préféreraient oublier. Une mosaïque unie dans l’adversité, pour combattre autant le virus que les inégalités. 

Une tradition qui «a traversé vents et marées» 

Lors de l’entrevue, réalisée à la fin du mois de décembre, Stéphanie Germain comptait souligner le Nouvel An en savourant la traditionnelle soupe haïtienne. «Elle a une saveur de victoire», a-t-elle évoqué. 

«Quand tu penses qu’elle a traversé vents et marées et qu’on l’a savoure encore», avait-elle dit à propos de ce potage qui est dégusté, la première semaine de l’année, depuis la fin de l’esclavage en Haïti, en 1804. 

«Je vais en faire avec mon mari. Il est caucasien, mais je lui ai appris à la cuisiner et il se débrouille très bien maintenant. J’ai un autre ami qui va en faire et il m’en réserve une portion. En échange je vais lui faire du riz djon-djon», raconte-t-elle. 

«Habituellement, c’est comme un marathon: tu dois goûter à au moins vingt soupes dans ta journée.»

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Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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