Morneau veut tourner les projecteurs sur le plan éthique vers les conservateurs

OTTAWA — Le ministre fédéral des Finances Bill Morneau a laissé entendre, mardi, que ce sont leurs propres intérêts financiers qui ont poussé les députés conservateurs à s’opposer aux réformes visant à mettre fin aux avantages fiscaux de riches propriétaires d’entreprises privées.

Le ministre a porté cette attaque alors que les libéraux tentaient de détourner les projecteurs en matière d’éthique vers les conservateurs, qui continuent d’accuser Bill Morneau de conflit d’intérêts pour ne pas avoir placé, dès sa nomination, ses riches avoirs dans une fiducie sans droit de regard.

Depuis que les critiques virulentes se sont élevées il y a deux semaines, Bill Morneau a promis de vendre ses actions de l’entreprise familiale Morneau Shepell spécialisée en gestion de ressources humaines et de fonds de retraite. Il s’est aussi engagé à verser à un organisme à but non lucratif tous les profits qu’il aurait réalisés avec ces actions depuis son entrée au ministère des Finances en 2015. Il a finalement annoncé qu’il allait placer tout le reste de ses avoirs dans une fiducie sans droit de regard.

Malgré tout, les conservateurs n’ont pas lâché le morceau. Mardi, ils s’en sont pris aux six entreprises à numéro qui appartiennent au ministre Morneau. Ils ont exigé d’obtenir de façon précise la nature des actifs qu’elles contrôlent.

Bill Morneau a répliqué en révélant que 21 députés conservateurs sont eux-mêmes propriétaires de compagnies à numéro.

Il en a profité pour dénoncer que ces mêmes élus s’opposaient aux nouvelles règles fiscales qui visent les propriétaires d’entreprises.

«Pendant que l’on travaillait au nom des Canadiens … ils s’intéressaient aux avantages que 1,7 pour cent de ces individus incorporés pourraient avoir. Pendant qu’ils protègent leurs propres intérêts, nous allons protéger les intérêts des Canadiens», a lancé le ministre Morneau.

Les deux camps se sont alors mis à énumérer des séries de compagnies à numéro. D’un côté celles appartenant à Bill Morneau et de l’autre, celles appartenant à des députés conservateurs.

Le porte-parole conservateur en matière de finances, Pierre Poilievre, a toutefois fait valoir que seul le ministre a le pouvoir de légiférer concernant des entreprises dans lesquelles il détient des actions.

Bill Morneau possède des actions de Morneau Shepell dont la valeur s’élève à 21 millions $. Ces actions sont en fait détenues par une compagnie à numéro établie à Calgary, qui elle-même est détenue de façon majoritaire par une autre compagnie à numéro établie en Ontario. Bill Morneau est l’unique actionnaire de cette dernière entreprise.

Le chef du Parti conservateur Andrew Scheer a lui aussi vécu un moment embarrassant, mardi, relativement à la firme Morneau Shepell.

Selon une annonce publiée sur internet, le chef conservateur doit présenter un discours au Canadian Club de Toronto, le 30 novembre, et l’événement serait commandité par Morneau Shepell. Mise au fait de la situation, son équipe aurait demandé à ce que la firme soit retirée de la liste de commanditaires.