Mort de Joyce Echequan: manifestation à Pikogan

AMOS, Qc — Près d’une centaine de membres de la communauté Abitibiwinni de Pikogan, près d’Amos, en Abitibi, se sont réunis mardi après-midi au parc Sindy-Ruperthouse, à l’entrée du village, pour dénoncer le traitement qu’a subi Joyce Echaquan lundi au Centre hospitalier de Joliette.

La femme, membre de la communauté Atikamek de Manawan, est décédée lors d’une intervention à l’hôpital.

«J’aimerais pouvoir dire que je suis content de vous voir, a lancé d’entrée de jeu le président du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or, Oscar Kistabish. Il faudra trouver d’autres mots, je crois, pour définir comment nous nous sentons présentement.»

M. Kistabish avait été invité par le Conseil de la Nation Abitibiwinni pour dire la prière d’ouverture.

Colère, tristesse et autres sentiments

«À sa mort, Joyce nous a laissé un grand message, a poursuivi M. Kistabish. Pour passer à travers les épreuves, il faut rester ensemble et s’aimer. C’est ça qui va l’emporter. Le racisme existe encore, il est important plus que jamais de le dénoncer quand vous le vivez.»

La cheffe de Pikogan, Monik Kistabish, a été fortement ébranlée par ce qui s’est passé à Joliette.

C’est la voix chevrotante et les yeux mouillés qu’elle a pris la parole. «Combien va-t-il falloir de décès avant que ce gouvernement bouge? Ça fait un an que la Commission Viens a déposé son rapport, et le seul geste qu’il a posé, ce sont les excuses deux jours après. C’est facile de se cacher derrière cela.»

Elle a aussi livré un message d’action et d’unité pour sa communauté. «Ce serait facile de tomber dans la haine et la colère, a-t-elle déclaré. Il faut que nous pensions aux autres, et que nous soyons des agents de changement. Chacun de nous est responsable de ses actions.»

Elle a ensuite poursuivi sa charge contre le gouvernement caquiste. «François Legault se met la tête dans le sable en niant qu’il y a du racisme systémique, a-t-elle enchaîné. Je ne sais pas s’il a bien dormi la nuit dernière, mais ce matin, il a le sang de ces victimes sur les mains.»

Douloureuse réminiscence

Ce drame survenu à Joliette a rouvert de profondes blessures pour toute la communauté. La mort de Joyce Echaquan a remis en mémoire Sindy Ruperthouse, une jeune femme de la communauté disparue en avril 2014 dans le secteur de Val-d’Or, et qui n’a toujours pas été retrouvée malgré des années de recherches.

«Je revis dans ma tête toute la violence qu’a dû subir Sindy, a déclaré son beau-père, Johnny Wylde. Quand j’ai vu ça aux nouvelles, je me suis dit : ah non, pas une autre! Est-ce que ça va s’arrêter un jour?»

La sœur de Sindy, Joan Wylde, a elle aussi vu des souvenirs remonter à la surface. «En voyant ce qui est arrivé à Joyce, j’ai tout de suite pensé à ce qui avait pu arriver à Sindy. Je me suis imaginé toute la souffrance que Joyce a enduré, son appel désespéré au secours, et je voyais ma sœur appeler au secours et implorer son meurtrier de l’épargner. Il ne faut plus jamais que nous ayons à vivre cela», a-t-elle plaidé.

D’autres manifestations comme celle de Pikogan devaient avoir lieu en fin de journée. C’est le cas à Lac-Simon, près de Val-d’Or, où les membres de la communauté doivent organiser une marche pour dénoncer aussi le sort réservé à Joyce Echaquan.

Texte de l’Initiative de journalisme local

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