Mort de Pierre Coriolan: aucune accusation contre les policiers du SPVM

MONTRÉAL — Le Directeur des poursuites criminelles et pénales ne portera aucune accusation contre les policiers de Montréal qui ont tué par balles un Noir en crise lors d’une intervention en 2017.

Le bureau des procureurs affirme dans un communiqué que la force utilisée par les policiers ce jour-là était justifiée et raisonnable compte tenu des circonstances.

Pierre Coriolan, âgé de 58 ans, était en crise et tenait un couteau et un tournevis lorsque six agents du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) sont arrivés à son logement, le 27 juin 2017, dans l’est de Montréal.

Selon le compte rendu de la Couronne, les policiers ont d’abord essayé d’utiliser une arme à impulsions électriques et des balles en caoutchouc pour maîtriser l’homme, sans succès apparent. M. Coriolan se serait alors dirigé vers les policiers, et deux d’entre eux ont tiré avec leur arme de service.

Alors que M. Coriolan était à genoux puis étendu au sol, avec le couteau, d’autres policiers ont utilisé à nouveau une arme à impulsions électriques et un bâton télescopique pour le désarmer, selon la Couronne.

M. Coriolan a été finalement désarmé et menotté, puis des manœuvres de réanimation ont été effectuées par les policiers jusqu’à l’arrivée des ambulanciers. L’homme a été transporté en ambulance à l’hôpital, où son décès a été constaté un peu plus tard.

Une analyse toxicologique a démontré que M. Coriolan avait un taux élevé de substance psychotrope dans le sang et qu’il souffrait de maladie mentale, rappelle la Couronne dans son compte rendu.

Selon les procureurs, les tribunaux ont déjà établi que l’appréciation de la force ne devait pas être fondée «sur une norme de perfection».

«En effet, les policiers sont souvent placés dans des situations où ils doivent rapidement prendre des décisions difficiles, indique le DPCP. Dans ce contexte, on ne peut exiger qu’ils mesurent le degré de force appliquée avec précision.»

C’est le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) qui avait mené l’enquête dans cette affaire. Après examen du rapport d’enquête, un comité de trois procureurs du DPCP a conclu que les policiers n’avaient pas commis d’infraction criminelle.

La famille poursuit

La famille de M. Coriolan a intenté l’année dernière une poursuite de 150 000 $ contre la Ville de Montréal, alléguant que la police avait utilisé une force excessive en voulant arrêter cet homme de 58 ans qui souffrait de problèmes de santé mentale.

L’une des avocates de la famille a déclaré vendredi qu’elle était déçue, mais pas surprise de la décision de la Couronne, parce que «le cadre d’analyse du BEI et du DPCP est assez étroit». Mme Virginie Dufresne-Lemire a d’ailleurs demandé une enquête publique du coroner, «qui permettrait de faire une analyse plus large sur la manière dont les policiers interviennent, particulièrement avec des personnes vulnérables», ce que n’ont pas fait le BEI et le DPCP.

«Les policiers interviennent de plus en plus avec des personnes vulnérables — la toxicomanie, les problèmes de santé mentale, l’itinérance, a plaidé Me Dufresne-Lemire. Le cas de M. Coriolan démontre à quel point les méthodes d’intervention ne semblent pas adaptées à la situation de la personne auprès de qui ils interviennent.

«Il ne faut pas juste regarder le moment où le policier a tiré», a soutenu l’avocate. Selon elle, il faut aussi se demander: «est-ce que c’était correct comment ils sont intervenus? Comment ils ont préparé l’intervention, comment ils ont décidé d’intervenir, les paroles qui ont été prononcées, la manière dont elles ont été prononcées? Est-ce que c’était la meilleure façon d’intervenir auprès de personnes en crise.

«Voilà ce qu’on aimerait comprendre, soit avec une poursuite civile, soit avec une enquête du coroner, ou les deux, évidemment», a expliqué Me Dufresne-Lemire.

«Selon nous, des fautes assez graves ont été commises, et le dossier civil continue, ça ne change rien de notre côté, a-t-elle précisé. Le fardeau (de la Couronne) n’était pas le même que dans le cadre d’une poursuite civile. Et selon nous, effectivement, il y a eu une force abusive à plusieurs niveaux et à différents moments dans l’intervention.»

Me Dufresne-Lemire a par ailleurs indiqué que pour les membres de la famille, toutes ces procédures sont extrêmement exigeantes et les obligent à chaque fois «à replonger dans le drame, dans la perte, le deuil».

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