Mort du petit Alan Kurdi: deux passeurs syriens condamnés à la prison en Turquie

PORT COQUITLAM, C.-B. – La tante d’Alan Kurdi ne trouve que peu de réconfort dans la condamnation de deux passeurs syriens à quatre ans de prison par un tribunal turc relativement à la mort de cinq migrants incluant son neveu, Alan Kurdi, dont le petit corps sans vie photographié sur une plage a secoué le monde l’automne dernier.

Tima Kurdi a affirmé, vendredi, que le problème des réfugiés syriens allait bien au-delà de ces deux individus et que seule une intervention politique de la communauté internationale pouvait mettre un terme à la guerre en Syrie, qui a forcé le déplacement de millions de personnes.

«Ça n’a rien à voir avec le nombre d’années qu’ils leur donnent. Même s’ils leur donnent 35 ans, ça n’arrêtera pas les passeurs, a-t-elle soutenu depuis sa résidence de Port Coquitlam, en Colombie-Britannique. Selon moi, la seule façon de les arrêter, c’est une intervention politique.»

Un tribunal de Bodrum, une ville touristique située sur le bord de la mer Égée, a déclaré Muwafaka Alabash et Asem Alfrhad coupables de traite de personnes, mais les a acquittés de l’accusation d’avoir causé la mort des victimes en faisant délibérément preuve de négligence.

L’image d’Alan Kurdi, face contre terre sur une plage de la Turquie, a attiré l’attention sur la crise des migrants syriens l’automne dernier et illustré de manière saisissante l’ampleur de leur souffrance.

Le jeune frère d’Alan, Ghalib, et sa mère, Rehanna, font aussi partie des cinq personnes à s’être noyées lorsque le bateau où le groupe avait pris place a sombré entre Bodrum et l’île grecque de Kos l’année dernière.

Le Canada a joué un rôle particulier dans l’histoire des Kurdi.

Selon Tima Kurdi, c’est le rejet par le gouvernement canadien de la première demande d’asile de l’oncle d’Alan, Mohammed, qui a poussé le père du bambin, Abdullah, à tenter d’effectuer la traversée entre la Turquie et la Grèce.

Mohammed et sa famille ont finalement émigré au Canada en décembre après que leur seconde demande eut été approuvée. Mme Kurdi a précisé qu’Abdullah n’était pas intéressé à faire de même.

Elle a confié, vendredi, que les Kurdi continuaient à pleurer la perte de leurs trois proches.

«La famille, la famille au complet a disparu, a-t-elle rappelé. Ça nous fait encore mal, chaque jour. Rien au monde ne pourra les ramener.»

Les procès en Turquie s’étirent généralement sur plusieurs mois, quand ce ne sont pas des années. Le verdict de vendredi, qui a été rendu au terme de la troisième audience et un mois à peine après le début des procédures, semble indiquer que le pays a l’intention de sévir contre les passeurs.

MM. Alabash et Alfrhad avaient d’abord été condamnés à cinq ans de prison, mais le tribunal a ramené leur peine à quatre ans et deux mois en raison de leur bonne conduite durant le procès. Ils peuvent porter le jugement en appel.

Les procureurs avaient réclamé 35 ans derrière les barreaux pour chacun.