Motions qui dénoncent l’amalgame: adoptée à Québec, rejetée à Ottawa

OTTAWA — Le Bloc québécois n’a pas réussi à faire à Ottawa ce que les élus à Québec ont accompli sans débat: dénoncer le lien que certains ont vu entre la loi québécoise sur la laïcité de l’État et l’attaque contre une famille musulmane à London, en Ontario.

Deux motions semblables présentées sur les deux collines jeudi ont ainsi connu deux sorts contraires.

Celle à Québec, présentée conjointement par tous les partis, y compris celui du gouvernement, a été adoptée sans débat.

Celle à Ottawa a été rejetée.

La motion bloquiste présentait des condoléances à la famille de Salman Afzaal et de Madiha Salman. La femme, l’homme, la mère de celui-ci et la fille adolescente du couple ont été tués dimanche lorsqu’un automobiliste motivé par la haine des musulmans, d’après la police, a foncé sur la famille.

Un garçon de neuf ans a survécu à l’attaque.

La suite de la motion bloquiste reprenait presque tous les mots de la motion adoptée le matin à l’Assemblée nationale.

Les deux dénonçaient «toutes les formes de haine et de crimes violents».

Elles se concluaient en dénonçant «les amalgames» entre les événements de London et «une loi québécoise».

Lorsqu’un député se lève pour proposer une motion sans préavis, la Chambre des communes peut l’adopter à l’unanimité. Il suffit qu’un seul élu refuse cette unanimité pour que la motion soit rejetée.

La députée bloquiste Christine Normandin a présenté le texte, après la période des questions jeudi. Au moins deux «non» ont alors été clairement entendus en Chambre.

Selon le Bloc québécois, des députés libéraux ont bloqué l’initiative.

Quelques minutes plus tôt, la députée bloquiste Marilène Gill réclamait que Justin Trudeau retire des paroles qui, selon elle, nourrissent «l’amalgame».

«Hier, le premier ministre, en réponse à une question du député du Lac Saint-Jean a déclaré, et je cite, « j’encourage fortement les députés du Bloc québécois à écouter la communauté musulmane qui exprime certaines préoccupations par rapport à ce qu’ils sont en train de vivre au Québec ». Fin de la citation. (…) ça commence dangereusement à ressembler à un amalgame», a déclaré la députée Gill, pendant la période des questions quotidienne.

«Il n’y a aucun lien entre la loi 21 et la tragédie de London. En faire un est irresponsable», a martelé la députée.

À Québec, le premier ministre François Legault avait, plus tôt, réservé ses remontrances aux journalistes et commentateurs, évitant d’écorcher des politiciens fédéraux.

«J’ai vu certains éditoriaux, certains commentateurs du reste du Canada qui ont essayé de faire un lien entre ce qui s’est passé à London et la loi 21. Je pense que c’est ignoble et que c’est totalement inacceptable. Ce n’est pas vrai qu’on va laisser des journalistes du reste du Canada venir casser du sucre et traiter les Québécois de racistes», a dit le premier ministre lorsqu’il a été interrogé à ce sujet en conférence de presse.

«Qu’on essaye de faire un amalgame entre la loi 21, d’abord qui ne s’applique pas dans le reste du Canada, puis ce qui s’est passé à London, en Ontario. Et bien, c’est ignoble», a-t-il renchéri.

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