MPOC: la taille des voies respiratoires y serait pour quelque chose

MONTRÉAL — Un développement anormal de l’arbre respiratoire semble jouer un rôle important dans l’apparition, ou non, de la maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC), ont découvert des chercheurs du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

L’équipe dirigée par le docteur Benjamin Smith a constaté qu’une disparité entre le développement des voies respiratoires et la taille des poumons, et appelée dysanapsie, est associée à une variation deux fois plus importante du risque lorsque comparée au tabagisme et aux autres facteurs de risque standards liés à cette maladie.

«On a trouvé que chez les gens ayant des voies respiratoires plus petites, le risque de MPOC est beaucoup plus élevé, même chez les non-fumeurs, a dit le docteur Smith. Quand on a fait une comparaison avec les autres facteurs de risque, incluant les cigarettes, il semble que la dysanapsie est encore plus importante.»

Cette découverte pourrait expliquer pourquoi une minorité de personnes ayant fumé durant leur vie développent cette maladie, tandis que les non-fumeurs représentent plus de 25 % de tous les cas de MPOC.

«La majorité des études supposaient que les poumons, que la taille de l’arbre bronchique étaient dans la moyenne, a ajouté le docteur Smith. C’est quelque chose d’assez nouveau qu’il y ait une variabilité au niveau de la taille des voies respiratoires.»

L’étude a été publiée mardi par The Journal of the American Medical Association.

Trachée, bronches, bronchioles

Lors d’une inspiration, l’air passe d’abord dans la trachée, puis dans des voies respiratoires plus petites comme les bronches ou les bronchioles.

Mais lors de la période de croissance, pour une raison qui demeure obscure, les voies respiratoires ne croissent pas autant que prévu chez les personnes atteintes de dysanapsie, alors que le développement des voies respiratoires est censé être proportionnel à celui des poumons.

«C’est très mécanique, a illustré le docteur Smith. C’est exactement comme un lavabo ou une baignoire. Si le tuyau est trop petit, on peut avoir des problèmes avec le drainage du système. C’est exactement la même chose avec les poumons. Si les voies respiratoires sont trop petites, c’est plus difficile de respirer.»

Le docteur Smith a dirigé une équipe de chercheurs répartis dans l’ensemble du Canada et des États-Unis. Ses collègues et lui ont épluché des données provenant de trois études et regroupant quelque 6500 personnes, aussi bien des fumeurs que des non-fumeurs, souffrant ou non de la MPOC.

Les chercheurs ont analysé des images des poumons et évalué les facteurs de risque habituels de développer la MPOC, comme le tabagisme, l’exposition à la fumée secondaire ou à la pollution atmosphérique et les expositions professionnelles.

Les personnes atteintes de MPOC et n’ayant jamais fumé avaient des voies respiratoires beaucoup plus petites relativement à la taille de leurs poumons, tandis que les voies respiratoires des gros fumeurs n’ayant jamais eu la MPOC étaient exceptionnellement larges, ont constaté les chercheurs

Cela aiderait à comprendre pourquoi la MPOC peut apparaître chez des personnes n’ayant jamais fumé et ne présentant pas d’autres facteurs de risque, mais ne jamais embêter des gens ayant fumé toute leur vie.

«Si quelqu’un a des voies respiratoires trop petites, le risque de MPOC est très élevé, a dit le docteur Smith. Mais chez des gros fumeurs n’ayant jamais eu la MPOC, on a trouvé des voies respiratoires exceptionnellement larges. Donc c’est possible qu’à l’autre extrême de la dysanapsie, où on a un arbre bronchique plus large, qu’il y ait une plus grande réserve au niveau de la capacité respiratoire.

«C’est possible que quelqu’un avec ce type de poumons puisse tolérer les mauvais effets de la cigarette, mais il est très important de (…) cesser de fumer, même si vous avez des poumons avec beaucoup de réserves.»

Le tabagisme est le facteur de risque le mieux connu de la MPOC, une affection pulmonaire débilitante qui peut limiter grandement les activités quotidiennes des personnes qui en sont atteintes.

Selon le Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail, la MPOC affecte au moins 4 % des adultes et s’avère la quatrième cause de décès en importance au Canada. Elle se caractérise par une insuffisance respiratoire et est associée à des symptômes comme l’essoufflement, qui empire avec le temps, une toux chronique et l’obstruction des voies respiratoires.