Muskrat Falls: Dunderdale n’a pas cru bon de vérifier les évaluations de coûts

SAINT-JEAN, T.-N.-L. — La première ministre qui a sanctionné le mégaprojet hydroélectrique controversé de Muskrat Falls, à Terre-Neuve-et-Labrador, a déclaré ne pas avoir cru bon de vérifier les évaluations de coûts pour ce qui est devenu la plus importante dépense de fonds publics de la province.

Le coût du barrage hydroélectrique de 824 mégawatts a pratiquement doublé, pour atteindre plus de 12,7 milliards $. Des dizaines de témoins ont été entendus dans le cadre de l’enquête publique en cours, certains ayant laissé entendre que les risques avaient été délibérément minimisés.

Appelée à témoigner pour la première fois, lundi, l’ancienne première ministre Kathy Dunderdale a affirmé qu’elle n’avait aucune raison de mettre en doute les propos des dirigeants de Nalcor Energy, la société d’État qui supervise le projet au Labrador.

L’ancienne première ministre a indiqué qu’elle n’avait pas jugé nécessaire de demander au personnel du gouvernement d’examiner et de vérifier séparément le travail de Nalcor.

Le procureur Barry Learmonth lui a demandé si elle estimait que le gouvernement avait la responsabilité de se pencher sur les chiffres de façon plus minutieuse.

Mme Dunderdale a déclaré que son gouvernement avait surveillé Nalcor de façon plus étroite que d’autres sociétés d’État, mais qu’elle n’avait aucune raison de ne pas faire confiance à l’entreprise.

Elle a également souligné que le gouvernement fédéral alors dirigé par Stephen Harper avait «examiné en profondeur» le dossier de Muskrat Falls, sur la base de la garantie de prêt fédérale qui avait été signée entre les deux gouvernements.

«On m’a dit qu’ils effectuaient des analyses, mais je n’étais pas là», a dit Mme Dunderdale.

La mise en service de Muskrat Falls est attendue l’année prochaine et la centrale devrait atteindre le maximum de sa capacité de production en 2020. Le barrage sur le cours inférieur du fleuve Churchill acheminera de l’électricité sur l’île de Terre-Neuve et plus tard en Nouvelle-Écosse par des câbles sous-marins.

Mme Dunderdale a aussi rappelé que Nalcor avait été créée pour entreprendre des travaux de développement énergétique dans la province, dans des régions où le gouvernement manquait d’expertise — bien que la société ait été critiquée pour avoir nommé des dirigeants spécialisés dans le domaine pétrolier et gazier et n’ayant aucune expérience en planification de projet hydroélectrique.

Le témoignage de Mme Dunderdale se poursuivra tout au long de la semaine. Les audiences sont prévues jusqu’en août prochain et un rapport final sur les conclusions de l’enquête est attendu en décembre 2019.