Myanmar: tirs de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc sur des manifestants

YANGON, Myanmar — La police du Myanmar a utilisé à plusieurs reprises des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc mardi contre les foules qui continuent de protester contre le coup d’État du mois dernier. 

Des centaines de personnes, dont beaucoup portaient des casques de chantier et des boucliers de fortune, se sont rassemblées dans la plus grande ville du Myanmar, à Yangon, où un jour plus tôt, la police avait aussi tiré à plusieurs reprises des gaz lacrymogènes. 

Ils ont traîné des poteaux de bambou et des débris pour former des barricades, scandé des slogans et chanté des chansons devant les cordons policiers. Ils ont même jeté des peaux de banane sur la route afin de ralentir toute avancée de la police. Les manifestants, pour la plupart des jeunes, ont fui dans la panique chaque fois que des bombes lacrymogènes ont été lancées, mais sont rapidement retournés vers leurs barricades.

La police a également dispersé des manifestants à Mandalay, la deuxième plus grande ville du pays, mardi. Selon certaines informations qui n’ont pu être confirmées, les forces de sécurité auraient également tiré à balles réelles. 

Les autorités birmanes ont intensifié leur répression contre les manifestations ces derniers jours, procédant à des arrestations massives. Les Nations Unies ont indiqué qu’au moins 18 personnes avaient été tuées dimanche par les forces de sécurité. 

Certains craignent que le recours croissant à la force par la junte ne soit destiné à provoquer une violente réaction de la part des manifestants – qui sont en grande partie restés non-violents – afin de les discréditer et de justifier une répression encore plus sévère.  

«Je prie les habitants du Myanmar de ne pas tomber dans ce piège, donc de rester en paix», a commenté l’Envoyée spéciale des Nations Unies pour le Myanmar, Christine Schraner Burgener, lors d’un entretien avec CNN, reconnaissant qu’il était plus facile pour elle, loin de la violence, d’exhorter des protestations pacifiques. 

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a qualifié le recours à la force et les arrestations arbitraires d ‘«inacceptables», selon son porte-parole. Les gouvernements des États-Unis, du Royaume-Uni et d’autres ont émis des déclarations de préoccupation similaires. 

Le coup d’État du 1er février a renversé des années de lent progrès vers la démocratie au Myanmar, après cinq décennies de régime militaire. Le parti de la Ligue nationale pour la démocratie de la dirigeante Aung San Suu Kyi devait commencer un deuxième mandat de cinq ans, mais elle a été détenue avec le président Win Myint et d’autres hauts fonctionnaires. 

Le gouvernement militaire accuse Mme Suu Kyi, 75 ans, de plusieurs infractions qui, selon les critiques, sont forgées de toutes pièces simplement pour la garder en prison et potentiellement l’empêcher de participer aux élections promises dans un an par l’armée. 

Les manifestants et leurs partisans ont lancé un appel à l’aide à l’étranger, mais il y a peu de perspectives d’intervention majeure. 

L’expert indépendant des Nations Unies sur les droits de l’homme au Myanmar, Tom Andrews, a proposé que les pays puissent instituer un embargo mondial sur la vente d’armes au Myanmar et «des sanctions sévères, ciblées et coordonnées» contre les responsables du coup d’État, le répression et autres violations des droits. 

Cependant, toute action coordonnée des Nations Unies serait difficile puisque deux membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, la Chine et la Russie, y opposeraient presque certainement leur veto. Certains pays ont imposé ou envisagent d’imposer leurs propres sanctions.

Les ministres des Affaires étrangères des pays d’Asie du Sud-Est se sont réunis mardi pour discuter de la crise de plus en plus volatile.  

– Par Niniek Karmini  et Eileen Ng, The Associated Press

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