Myanmar: un canon à eau utilisé sur les foules

RANGOUN, Myanmar — La police s’est servi d’un canon à eau dans la capitale du Myanmar sur des centaines de manifestants, qui demandent que le pouvoir militaire retourne dans les mains du gouvernement. Des protestations se multiplient à travers le pays contre le coup d’État qui a eu lieu la semaine dernière.

Les manifestations à Naypyidaw, qui durent depuis plusieurs jours, sont particulièrement significatives. Cette ville, qui compte beaucoup de fonctionnaires et leur famille, n’est pas accoutumée aux protestations et à une forte présence militaire.

Un rassemblement a aussi eu lieu à une intersection importante de la plus grande ville du pays, Rangoun, alors que des gens ont chanté des slogans, fait des saluts à trois doigts en guise de protestation et défilé avec des pancartes sur lesquelles on pouvait lire «Refusons le coup militaire» et «Justice pour le Myanmar».

On rapporte aussi de nouvelles manifestations dans des villes du nord, sud-est et est du pays, tout comme à Mandalay, théâtre d’un défilé de piétons et de motocyclistes.

Les médias d’État ont reconnu l’existence des manifestations pour la première fois lundi, en les accusant d’ébranler la stabilité du pays.

«La démocratie peut être détruite s’il n’y a pas de discipline, peut-on lire dans un communiqué du ministère de l’Information diffusé sur la chaîne de télévision d’État MRTV. Nous devrons engager des procédures judiciaires pour empêcher des actes qui violent la stabilité de l’État, la sécurité publique et le respect de la Loi.»

Initialement, le coup d’État a été perçu comme un pas en arrière stupéfiant pour le Myanmar, qui progressait vers une démocratie depuis quelques années après cinq décennies de dictature militaire. La prise de contrôle a eu lieu le jour où les nouveaux représentants élus devaient prendre siège au Parlement après les élections de novembre dernier. Les généraux militaires ont crié à la fraude électorale, même si la Commission électorale du pays a nié cette hypothèse.

Le mouvement grandissant de protestation rappelle des événements similaires dans l’histoire de ce pays du sud-est asiatique. Dimanche, des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés à la Pagode Sule, lieu clé des protestations contre le régime militaire en 1988 et en 2007. Les deux fois, l’armée avait eu recours à une force létale pour mettre fin à ces mouvements. À part quelques officiers, les soldats n’étaient pas présents dans les rues lors des manifestations de la semaine dernière.

Des photos des confrontations à Naypyidaw lundi montrent une grande foule entourée de tous les côtés par des policiers et leur véhicule. Des agents ont utilisé un canon à eau sur la foule à cet endroit.

Un appel à la grève générale a été lancé, tard dimanche, par plusieurs groupes activistes à Rangoun, mais on ne sait pas encore si le large mouvement de désobéissance civile y répondra. Les protestataires et l’armée ne montrent aucun signe de relâchement dans leur lutte pour le contrôle du pays.

-Par The Associated Press

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