Navires de soutien: Ottawa aurait économisé 2,6 G $ avec la Davie, selon le DPB

OTTAWA — Le gouvernement fédéral aurait économisé un peu plus de 2,6 milliards $ en faisant l’acquisition des deux navires de ravitaillement du Chantier Davie plutôt qu’en construisant deux nouveaux navires dans le cadre de son projet de navires de soutien interarmées (NSI).

C’est la conclusion à laquelle arrive le directeur parlementaire du budget (DPB), Yves Giroux, dans son plus récent rapport dévoilé mardi. 

Le DPB calcule que si le gouvernement fédéral décidait d’acheter le navire de ravitaillement militaire «Astérix», déjà livré par le Chantier Davie, il coûterait 633 millions $ à l’expiration du contrat en 2022-2023. Un deuxième navire, «Obélix», est en cours de préparation. Le DPB estime qu’il en coûterait 797 millions $ pour l’acquérir dès la livraison, en 2023-2024.

Les deux navires reconvertis de la Davie coûteraient donc 1,43 milliard $.

En comparaison, il est estimé que les deux nouveaux navires du projet de NSI construits dans le cadre de la Stratégie nationale de construction navale coûteront pas moins de 4,053 milliards $. Le premier est déjà en cours de construction au Chantier Seaspan à Vancouver et devrait être livré en 2023. 

«Sur une base uniquement de coûts, oui, ça aurait été beaucoup moins dispendieux d’acheter l’Astérix et l’Obélix, qui sont des navires reconvertis, plutôt que d’acheter ou de construire les navires de soutien interarmées», a noté M. Giroux, lors une séance d’information technique pour les médias. 

Il ajoute cependant que son analyse, qui a été demandée par un comité parlementaire, ne tient pas compte des différences de capacités opérationnelles. 

Les conclusions du DPB ont fait réagir les partis d’opposition à Ottawa. Le Bloc québécois a d’ailleurs fait part de son indignation lors de la période de questions, mardi. 

«C’est quoi le problème des libéraux avec la Davie et la région de Québec?» a demandé le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet. À ses côtés, sa députée Julie Vignola a soutenu que 2,6 milliards $, «c’est le prix que le gouvernement est prêt à gaspiller pour ne pas donner de contrats à Davie». 

«Malheureusement, c’est un chantier qui a été négligé par les conservateurs et les libéraux et nous, on a toujours dit qu’il fallait garder des centaines de bons emplois à Lévis. En plus, on apprend qu’on aurait économisé de l’argent», a réagi le chef adjoint du Nouveau Parti démocratique, Alexandre Boulerice, en entrevue téléphonique. 

Chantier Davie s’est réjoui des conclusions du DPB et y voit la «confirmation officielle» que son offre est la meilleure en termes de coût global et de valeur pour les contribuables canadiens. 

«Voici donc des arguments clairs et convaincants pour que le Canada exerce ses options d’achat pour les navires de classe Resolve Astérix et le futur Obélix», a fait valoir Frédérik Boisvert, vice-président des affaires publiques de Chantier Davie, dans une déclaration transmise à La Presse Canadienne. 

Le premier ministre Justin Trudeau est pour sa part demeuré prudent dans ses commentaires. 

«Certainement qu’on va toujours regarder les rapports du directeur parlementaire du budget pour apprendre comment les choses auraient pu peut-être mieux se passer et nous allons analyser ce rapport-là», a-t-il dit lors d’une conférence de presse à Ottawa. 

Le ministère de la Défense nationale est venu à la défense de ses navires de soutien interarmées dans une déclaration non signée transmise mardi en fin de journée. 

On y indique que ces navires sont «très différents» de ceux de la Davie, puisqu’ils ont des systèmes de détection de mines et servent à déceler des menaces chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires, qu’ils ont aussi un meilleur système de propulsion et un plus grand hangar pour un aéronef, entre autres. 

«Ces caractéristiques supplémentaires fournissent une fonction de capacité de survie particulièrement essentielle pour assurer la sécurité de nos femmes et hommes marins dans des endroits à risque élevé. Aucune modification au NM Asterix ne pourrait fournir la capacité de survie offerte par un navire spécialisé», peut-on lire dans la déclaration. 

Seaspan avait d’abord été sollicité en 2011 pour construire les deux navires de soutien et plusieurs navires de la Garde côtière, mais le chantier maritime connaît des retards et des dépassements de coûts depuis des années. 

Entre-temps, la Marine royale canadienne s’est retrouvée sans navire de soutien. Pour combler ce vide, le gouvernement conservateur de Stephen Harper a signé une entente de principe avant les élections fédérales de 2015 avec la Davie pour convertir un porte-conteneurs civil en navire de ravitaillement. 

Le contrat, qui était au cœur de l’échec des poursuites intentées contre le vice-amiral à la retraite Mark Norman, a été confirmé par le gouvernement libéral de Justin Trudeau en 2016. 

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