Note de 75 pour cent requise: Québec va de l’avant avec son test de valeurs

QUÉBEC — Le gouvernement Legault va de l’avant avec son controversé test de valeurs à imposer dès le 1er janvier 2020 aux ressortissants étrangers qui souhaitent venir s’installer au Québec.

Mais il a choisi de privilégier une approche moins clivante que ce qu’il s’était engagé à adopter quand il était dans l’opposition et en campagne électorale, alors que ceux qui échouaient le test s’exposaient à l’expulsion.

Le projet de «test de valeurs» rendu public mercredi par le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, prévoit au contraire plusieurs mécanismes permettant aux futurs immigrants d’éviter de devoir quitter le Québec.

L’objectif poursuivi a aussi été revu à la baisse. Dans l’opposition, la Coalition avenir Québec (CAQ) était déterminée à voir les nouveaux arrivants «adhérer» aux valeurs québécoises et s’engager à les respecter. Aujourd’hui, le gouvernement de la CAQ dit vouloir s’assurer que les immigrants «connaissent» les valeurs québécoises. Le «test de valeurs» visera donc à évaluer cette connaissance, sans plus.

Cependant, pour les nouveaux arrivants et les membres de leur famille âgés de 18 ans et plus, l’obtention du précieux Certificat de sélection du Québec décerné par le gouvernement demeure conditionnelle à la réussite de ce test.  

Les détails du règlement définissant les règles du test ont été publiés mercredi dans la Gazette officielle.

On y apprend notamment que la note de passage a été fixée à 75 pour cent.

Le test contiendra 20 questions avec choix multiples et devra être complété en 90 minutes.

«Les questions pourront permettre de vérifier la connaissance de ces valeurs» québécoises inscrites dans la Charte québécoise des droits et des libertés de la personne, a commenté le ministre, qui s’est dit fier de donner suite à une promesse électorale.

Il en a coûté 140 000 $ de fonds publics pour octroyer un contrat à une firme chargée d’élaborer des centaines de questions qui serviront au test.

Un exemple de question posée: «Au Québec, les femmes et les hommes ont les mêmes droits et cette égalité est inscrite dans la loi. Vrai ou Faux?»

Autre exemple: «Choisissez les illustrations qui représentent les personnes qui ont le droit de se marier au Québec». Les illustrations montrent cinq scénarios: deux hommes, deux femmes et un homme, deux femmes, un homme et une femme, et enfin, deux hommes et une femme.

Test ou cours ou les deux

En conférence de presse, le ministre a expliqué que plusieurs cas de figure avaient été prévus pour faciliter les choses aux requérants, rendant le processus fort complexe.

Ultimement, le gouvernement Legault veut convaincre Ottawa de lui permettre de lier la réussite du test à l’obtention de la résidence permanente après trois années de présence en terre québécoise, ce qui demandera de délicates négociations puisqu’il s’agit d’une compétence fédérale. L’autre chantier caquiste, l’imposition d’un test de français aux nouveaux arrivants, fera aussi partie des négociations. 

Les requérants pourront passer le test de valeurs par voie électronique, dans leur pays d’origine ou au Québec.

Le certificat de sélection pourra être obtenu en remplissant une série de conditions, dont la réussite du test de valeurs ou la fréquentation assidue d’un cours sur les valeurs québécoises, ou encore un mélange des deux.

En cas d’échec au test de valeurs, une reprise sera possible. Après deux échecs au test, il restera l’option de participer au cours sur les valeurs québécoises, Objectif intégration, une formation de 24 heures.

Si la personne est déjà sur place au Québec, avec un statut de travailleur temporaire par exemple, et qu’elle a subi deux échecs, elle devra obligatoirement s’inscrire au cours Objectif intégration pour espérer se qualifier.

Mais si elle est dans son pays d’origine au moment de son inscription, elle aura le choix après deux échecs: faire un troisième essai ou venir au Québec et s’inscrire au cours Objectif intégration.

Le dossier des personnes qui auront échoué toutes les étapes sera fermé: elles ne pourront pas venir au Québec ou devront éventuellement le quitter. Mais elles pourront toujours recommencer le processus depuis le début.

Les requérants pourront passer le test de valeurs dès la présentation de leur demande visant à obtenir leur certificat de sélection.

Le test sera présenté en français, avec une «traduction dynamique» fournie au besoin.

Il abordera cinq thèmes en 20 questions: société démocratique, société francophone, société laïque, droits et responsabilités des citoyens et égalité hommes-femmes.

En mêlée de presse, le premier ministre François Legault a dit juger important d’affirmer qu’une personne souhaitant venir vivre au Québec connaisse ses valeurs, nommément l’égalité hommes-femmes et la laïcité de l’État.

Selon le porte-parole libéral en matière d’immigration, le député Monsef Derraji, le test caquiste, édulcoré en comparaison du projet initial, n’est pourtant devenu qu’une «formalité», alors que «99,99 pour cent des gens vont le réussir».

Il estime que ce genre d’approche n’est «pas la meilleure façon» d’amener les immigrants à adhérer aux valeurs du Québec, qui s’apprennent plutôt «sur le terrain».

Aux yeux de Québec solidaire, le gouvernement Legault transmet «un très mauvais message à ceux qui veulent s’installer au Québec», en laissant entendre que les nouveaux arrivant ne respectent pas les grandes valeurs universelles.

Seuil à la hausse

Par ailleurs, après un mouvement vers le bas, imprimé par le gouvernement Legault l’an dernier, le nombre d’immigrants accueilli au Québec repart à la hausse.

Le ministre Jolin-Barrette a aussi rendu public mercredi son plan d’immigration 2020, qui fait passer le seuil de nouveaux arrivants admissibles de 40 000 en 2019 à un total se situant entre 43 000 et 44 500 personnes en 2020.

Le ministre a aussi choisi de suspendre jusqu’en juillet prochain le Programme des investisseurs, le temps de revoir ce programme.