Nouvelle étude sur l’impact de l’inactivité sur la santé

MONTRÉAL — Des chercheurs montréalais sont à la recherche de cobayes qui accepteraient de se sacrifier en passant deux semaines au lit pour faire progresser la science.

La nouvelle étude s’intéressera aux effets de l’inactivité sur la santé, ce qui pourrait permettre de trouver des solutions pour les personnes âgées, mais aussi pour les astronautes qui participent à des missions spatiales.

«Dans l’espace, dû à la diminution de la gravité, il y a une redistribution des liquides corporels qui a des conséquences au niveau du fonctionnement de l’organisme», a rappelé le docteur José A. Morais, qui dirige l’étude et est le chef de la division de médecine gériatrique au CUSM.

«Le simple fait de séjourner à bord de la Station spatiale internationale a des effets sur l’organisme. On observe la même chose quand les gens restent alités très longtemps.»

En l’absence de gravité, les astronautes présentent en effet des symptômes physiques semblables au vieillissement accéléré et aux problèmes de santé courants dans les populations sédentaires.

Cette étude du Centre de médecine innovatrice (CMI) de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill, la première en son genre en Amérique du Nord, devrait démarrer au printemps.

Elle mettra à profit l’expertise de chercheurs de partout au Québec (notamment des universités Laval et de Sherbrooke) et comprendra huit projets de recherche portant sur les effets de l’inactivité sur le corps humain et sur l’efficacité de l’exercice physique comme contre-mesure.

Les chercheurs s’intéresseront ainsi aux déplacements de fluides; à la perte de masse osseuse, de masse musculaire et de force; ainsi qu’aux altérations des fonctions cardiovasculaires, sensorielles et motrices et des fonctions cognitives.

Hommes et femmes

Les chercheurs ont besoin de 24 hommes et femmes en bonne santé, âgés de 55 à 65 ans. Les cobayes passeront un total de 26 jours au CMI (cinq jours de période d’adaptation, 14 jours de repos au lit et sept jours de période de récupération).

Pendant la période d’alitement de deux semaines, les participants auront la tête légèrement inclinée vers le bas, de six degrés, afin de reproduire les effets de l’apesanteur sur le corps.

La moitié des participants seront choisis au hasard pour effectuer des exercices de force et d’aérobie comme contre-mesure — incluant un entraînement par intervalles à haute intensité (HIIT) — à l’aide d’un équipement adapté.

«Notre approche est intense, mais de très courte durée, a dit le docteur Morais. On veut faire trois séances par jour. On pense que ce serait plus bénéfique qu’une seule séance par jour. On essaie de trouver un moyen de minimiser l’effet de l’inactivité.»

Les chercheurs s’attendent à ce que leurs cobayes perdent environ un kilo de masse musculaire pendant l’expérience. Ils espèrent que cette perte sera réduite de moitié dans le groupe HIIT, «pour faire la preuve que l’exercice est bénéfique».

Environ le quart des aînés ont un «vieillissement fragilisé», a rappelé le docteur Morais, un pourcentage qui grimpe à au moins 50 % chez les 85 ans et plus, ce qui explique pourquoi plusieurs d’entre eux ont besoin d’un hébergement spécialisé.

Ce modèle d’inactivité et de repos au lit pourrait permettre aux chercheurs de mieux comprendre les mécanismes qui sont derrière les effets du vieillissement et de la microgravité.

Le style de vie, le niveau d’activité, la nutrition et les interactions les uns avec les autres ne sont que quelques-uns des facteurs qui contribuent au «bien vieillir», a-t-il ajouté. L’étude pourrait donc possiblement permettre d’identifier des interventions nutritionnelles ou pharmacologiques pour contrer les effets néfastes du vieillissement.

«Il y a un vieillissement important de la population, pas seulement en termes de nombres, mais aussi parce qu’il y a une perte associée avec l’âge, a dit le docteur Morais. Est-ce que cette perte est obligatoire, ou bien est-ce qu’elle est due à des facteurs contre lesquels on pourrait agir, par exemple avec l’exercice physique ou une bonne nutrition? 

«Est-ce qu’on pourrait retarder tout ça, de sorte qu’il y aurait moins d’impacts non seulement sur la santé et la qualité de vie de personnes âgées, mais aussi le poids et le coût pour la société en général? On contribue à la compréhension d’un vieillissement plus réussi que moins réussi.»

L’étude est financée par les Instituts de recherche en santé du Canada, en partenariat avec le Réseau canadien des soins aux personnes fragilisées et l’Agence spatiale canadienne.

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Les personnes intéressées à participer à l’étude, ou qui souhaitent obtenir des informations sur le recrutement, sont invitées à contacter Sharmila Balram ou Guy Hajj Boutros au (514) 503-7135 ou à écrire à [email protected]

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