Discours inaugural de Legault: vers une décentralisation du réseau de la santé

QUÉBEC — Après trois ans d’exercice du pouvoir, le premier ministre François Legault juge nécessaire de tenter de donner un second souffle à son gouvernement, en lançant une nouvelle session parlementaire marquée au sceau du changement, en visant particulièrement le réseau de la santé, appelé à se transformer encore une fois.

La deuxième session de la 42e législature de l’Assemblée nationale a donc débuté ses travaux mardi avec le traditionnel discours inaugural, censé tracer la feuille de route du gouvernement pour les mois qui viennent, en termes de priorités et d’orientations.

Mais le premier ministre avait peu de nouveaux chantiers à annoncer mardi et il est demeuré vague sur les objectifs à atteindre d’ici la fin du présent mandat dans plusieurs dossiers.

On savait déjà que le ministre de la Santé, Christian Dubé, allait présenter cet automne un projet de loi «mammouth» visant à revoir le fonctionnement du réseau de la santé, pour le rendre plus efficace. Il avait promis de ne pas s’attaquer aux structures.

On sait maintenant que Québec veut décentraliser la prise de décision vers le palier local et régional du système de santé, devenu dysfonctionnel dans sa forme actuelle. Plus que jamais, le gouvernement sera celui «des régions», a promis le premier ministre.

D’entrée de jeu, M. Legault a voulu indiquer que la pandémie de COVID-19 semblait enfin sous contrôle, en annonçant la levée prochaine de l’état d’urgence sanitaire, qui octroie beaucoup de pouvoirs au gouvernement, comme le fait de donner des contrats sans appels d’offres. En vigueur depuis mars 2020, l’état d’urgence sanitaire devrait normalement être levé dès le début de l’an 2022, quand les enfants de 5 à 11 ans seront vaccinés.

«On est capables au Québec de changer les choses», a dit le premier ministre, en autant qu’on ne cède pas à la tentation de l’immobilisme. «Rien ne peut arrêter le Québec», s’il tourne le dos à l’inaction, a-t-il dit.

Toujours en santé, le gouvernement a confirmé qu’il tentera de diminuer sa dépendance aux agences privées pour recruter les ressources nécessaires au réseau de santé public, au premier chef les infirmières.

Un meilleur accès à un médecin de famille figure toujours parmi les priorités et le premier ministre s’est dit fermement décidé à forcer la main aux médecins, si nécessaire, pour qu’ils prennent en charge un plus grand nombre de patients. «Je commence à m’impatienter», a-t-il dit. C’était déjà une promesse en 2018, quand le nombre de patients orphelins en attente d’un médecin de famille comptait 400 000 noms. Aujourd’hui, c’est plus du double.  

Au début, le gouvernement promettait de fournir un médecin de famille à tous les Québécois, mais 20 % d’entre eux n’en ont toujours pas, en dernière année de mandat. 

Par ailleurs, M. Legault n’a pas rappelé sa promesse non tenue de ramener à 90 minutes la durée moyenne d’attente à l’urgence, une cible que d’aucuns considèrent irréaliste. 

La Commissaire à la santé recevra le mandat de recommander au gouvernement les meilleurs moyens de fournir davantage de soins à domicile aux personnes âgées.

Au cours des prochains jours, on devrait apprendre comment le gouvernement compte créer 37 000 places de garderies. Aucune échéance n’a été fixée. La liste d’attente pour une place dépasse les 50 000 noms, du jamais vu. Le gouvernement avait promis de revoir le fonctionnement du réseau et un projet de loi devrait être déposé dès cette semaine.

Il n’a pas soufflé mot de son engagement électoral à procéder à une réforme du mode de scrutin.

Pour mieux protéger les Québécois contre les cyberattaques, le premier ministre va créer un ministère de la Cybersécurité et du Numérique.

Sur le plan économique, le gouvernement promet de lancer une campagne de promotion des produits fabriqués au Québec.

Le gouvernement confirme la décision de renoncer définitivement à extraire des hydrocarbures sur le territoire du Québec. Il dit aussi avoir l’ambition de faire du Québec un pôle du transport électrique, de la filière des batteries et de la production d’hydrogène vert.

L’économie roule à plein régime au Québec et le premier ministre réaffirme vouloir s’attaquer au problème criant du manque de main-d’oeuvre, en aidant les entreprises à devenir plus productives. On misera sur la formation et la requalification.

En éducation, on prévoit remplacer le cours depuis longtemps controversé d’éthique et culture religieuse par un cours axé sur la culture et la citoyenneté québécoise.

À environ neuf mois du déclenchement de la prochaine campagne électorale, le temps commence à manquer s’il veut remplir tous ses engagements électoraux de 2018. Déjà, M. Legault estime avoir un parcours exemplaire à ce chapitre. «Jamais un gouvernement a autant respecté ses promesses électorales», selon lui.

En fin de mandat, un gouvernement ne veut surtout pas projeter l’image d’une équipe usée, en panne d’idées et de solutions. M. Legault choisit cependant de tenter de projeter une image de changement, tout en s’abstenant de retoucher le portrait de famille. Comme il n’y a pas de remaniement en vue, le nouveau programme gouvernemental sera donc confié aux mêmes personnes placées dans les mêmes postes qu’avant.      

M. Legault avait annoncé le 7 octobre son intention de proroger la session. Le recours à la prorogation est un événement exceptionnel au parlement. La dernière remonte à une dizaine d’années, quand le premier ministre Jean Charest avait décidé de renouveler son message le 22 février 2011, après avoir procédé à un remaniement quelques semaines plus tôt. Son gouvernement a été défait en 2012.

La prorogation signifie que tous les projets de loi meurent au feuilleton, mais le gouvernement peut rappeler tous ceux qu’il juge importants. Leur étude peut alors se poursuivre comme si rien ne s’était passé. 

On peut présumer que la prorogation ne changera rien pour le projet de loi 96, rendu à l’étape de l’étude article par article et au dépôt d’amendements à la vaste réforme de la loi 101 ou Charte de la langue française pilotée par Simon Jolin-Barrette.

Ce dernier devra aussi dès la semaine prochaine défendre en parallèle son projet de loi 92, visant à créer un tribunal spécialisé pour les victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale.

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