Nucléaire iranien: Harper a «droit à ses opinions», mais Ottawa garde le cap

WASHINGTON — Le gouvernement Trudeau a minimisé sa divergence d’opinions avec l’ancien premier ministre Stephen Harper relativement à la décision du président américain Donald Trump d’abandonner l’entente sur le nucléaire iranien.

Le premier ministre Justin Trudeau et sa ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, ont fait peu de cas de l’appui sans équivoque au geste controversé de l’administration américaine donné par M. Harper et plusieurs autres anciens politiciens, dans une pleine page publicitaire parue dans le «New York Times», jeudi.

La publicité — qui affirme en grands caractères majuscules «Mr President, You Are Right About Iran» («M. le président, vous avez raison sur l’Iran») — place M. Harper en phase avec M. Trump et le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, mais en opposition avec l’actuel gouvernement canadien et plusieurs alliés européens.

M. Trudeau et Mme Freeland ont affirmé que leur gouvernement continuait de soutenir l’accord sur le nucléaire, qui restreint la capacité de l’Iran de développer des armes nucléaires en contrepartie d’un assouplissement de certaines sanctions.

Ils ont tous deux fait valoir que l’ancien premier ministre avait «droit à ses opinions».

De passage jeudi à Saguenay, M. Trudeau a dit qu’il y avait «peut-être des questions à poser au Parti conservateur s’ils sont d’accord avec leur ancien chef».

«Évidemment, M. Harper a droit à ses opinions, mais le Canada continue d’appuyer JCPOA — l’acronyme de l’accord —, continue de travailler avec nos partenaires dans le monde pour assurer que l’Iran ne développe pas des armes nucléaires. La politique internationale du Canada sera faite au Canada, et pas à Washington et pas ailleurs dans le monde», a déclaré le premier ministre.

Mme Freeland a aussi dit qu’elle s’était entretenue jeudi avec son homologue britannique Boris Johnson quant aux prochaines étapes de la communauté internationale pour tenter d’empêcher l’Iran de se doter d’armes nucléaires, en dépit de l’affaiblissement de l’accord.

Le gouvernement Trudeau a indiqué qu’il pourrait ne pas imposer de nouveau des sanctions à l’Iran, tout en laissant entendre que l’enjeu n’était pas majeur étant donné le peu de relations commerciales entre le Canada et l’Iran.

Mme Freeland a affirmé que la relation bilatérale avec l’Iran s’attardait actuellement à un tout autre enjeu: son refus de permettre à la veuve Maryam Mombeini de quitter le pays, après la mort en prison de son mari, un professeur et environnementaliste qui avait la double citoyenneté.

Elle a parlé d’une situation «terrible». «Il s’agit vraiment d’un élément clé pour moi, personnellement, et pour le gouvernement du Canada», a affirmé Mme Freeland.