Nunavut: la Loi sur l’éducation décrite comme un «génocide culturel»

IQALUIT — Un projet de loi adopté à l’Assemblée législative du Nunavut qui façonnera la façon dont les langues inuites sont enseignées à l’école pour les années à venir est décrit comme une forme de génocide culturel.

À l’origine, la Loi sur l’éducation du territoire garantissait un enseignement bilingue en inuktut et en anglais à tous les niveaux scolaires d’ici l’année scolaire 2019-2020, mais les modifications adoptées en troisième lecture la semaine dernière modifient cette stipulation.

L’inuktut, le terme générique pour toutes les langues inuites, doit maintenant être introduit progressivement comme langue d’enseignement au cours des 20 prochaines années. Cela signifie qu’il faudra attendre jusqu’en 2039 pour que l’inuktut soit enseigné comme première langue à tous les élèves.

Les modifications fusionnent également la Loi sur la protection de la langue inuite et la Loi sur l’éducation.

«Alors que nous voulons tous voir une éducation bilingue dans nos écoles le plus tôt possible, nous savons également que nous devons construire une base solide qui nous permettra d’atteindre cet objectif efficacement», a déclaré le ministre de l’Éducation, David Joanasie, à l’Assemblée législative, mercredi dernier.

Au Nunavut, 65 % de la population parle l’inuktut comme langue maternelle, selon Statistique Canada. En 2016, 89 % de la population inuite du Nunavut ont déclaré pouvoir avoir une conversation en inuktut.

James Eetoolook, président par intérim de Nunavut Tunngavik, l’organisation de revendication territoriale qui représente les Inuits du territoire, estime que la loi ne protège pas les droits linguistiques des Inuits. Il dit qu’il craint «que la langue et la culture inuktut soient éliminées dans les écoles du Nunavut».

«Il s’agit d’un génocide culturel», a déclaré M. Eetoolook à La Presse Canadienne.

Ce n’est pas la première fois que le Nunavut tente de modifier sa Loi sur l’éducation. En 2017, le gouvernement a présenté un projet de loi qui a été rejeté par les députés avant d’atteindre la troisième lecture.

Le dernier projet de loi, déposé en juin 2019, a été critiqué dès le début par des groupes, dont le Nunavut Tunngavik. La proposition a été examinée au cours d’audiences télévisées et de réunions à huis clos du comité. Le projet de loi final comprenait huit amendements.

Une autre préoccupation de M. Eetoolook est que la nouvelle législation ne traite pas de l’embauche d’enseignants.

M. Eetoolook affirme que Nunavut Tunngavik, qui a encouragé les députés à voter contre le projet de loi, souhaite que le gouvernement présente un plan d’emploi pour les Inuits «avec un échéancier pour la formation et l’embauche d’un nombre adéquat d’éducateurs parlant l’inuktut».

Lors d’un examen du projet de loi la semaine dernière, le député John Main a déclaré que le recrutement d’enseignants parlant l’inuktut serait «essentiel au succès de ce projet de loi».

M. Main a également dit que les députés reconnaissaient que l’échéancier pour offrir l’enseignement de la langue inuite était «identifié par beaucoup comme un problème majeur».

La législation stipule qu’elle doit être revue tous les cinq ans pour s’assurer que ses dispositions s’avèrent efficaces et sont appliquées.

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Ce reportage a été préparé dans le cadre du programme de Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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