Objectif Emploi, un programme «sans coeur et sans logique» pour l’aide sociale

MONTRÉAL — Qualifiant le nouveau programme Objectif Emploi de «sans coeur et sans logique», une cinquantaine de manifestants sont venus le dénoncer, mardi, devant la Tour de la Bourse, qui abrite les bureaux montréalais du ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais.

Le programme Objectif Emploi, entré en vigueur le 1er avril, expose les personnes qui font une première demande d’aide sociale à perdre jusqu’à 224 $ de leur allocation mensuelle de 650 $ s’ils ne cherchent pas intensivement un emploi, s’ils ne suivent pas de formation ou s’ils ne participent pas à un programme de développement d’habiletés sociales.

Les manifestants, réunis à l’invitation de l’organisme communautaire Projet Genèse, ne voient dans cette approche qu’une nouvelle façon de couper l’aide sociale.

Ils se disent extrêmement inquiets du fait que ce soient les agents d’aide sociale qui détermineront si une personne n’a pas respecté son plan d’intégration à l’emploi et craignent des décisions aléatoires et difficilement contestables.

La porte-parole de l’organisme, Cathy Inouye, a fait valoir que si le gouvernement voulait véritablement encourager les prestataires d’aide sociale à travailler, il devrait d’abord augmenter les gains de travail permis.

Présentement, un prestataire d’aide sociale a le droit de gagner jusqu’à 200 $ par mois sans être pénalisé, toute somme additionnelle étant soustraite de son chèque, ce qui représente exactement le contraire d’un incitatif au travail, selon elle.

L’organisme fait aussi valoir que le gouvernement agit sans aucune logique puisqu’il ne permet pas aux prestataires de retourner aux études pour mettre à jour leurs acquis et compétences s’ils ne sont pas dans un des programmes de formation obligatoire.

Or, selon Mme Inouye, les assistés sociaux sont nombreux à se présenter à Projet Genèse pour se plaindre «qu’il n’y a pas assez de programmes offerts et pas assez de places dans les programmes existants».

Elle note que Québec a prévu un financement additionnel de 3,5 millions $ dans le dernier budget pour les programmes d’Emploi Québec: «3,5 millions $, c’est très très peu pour un programme de cette envergure», note-t-elle avec dépit.

Obstacles inutiles

Par ailleurs, de nombreux assistés sociaux qui sont inaptes au travail sont constamment menacées de voir leurs prestations réduites parce qu’on refuse de reconnaître leur inaptitude.

«C’est très difficile pour les gens de voir leurs contraintes à l’emploi reconnues par le gouvernement», affirme Mme Inouye.

«Beaucoup de personnes qui ont des contraintes temporaires ou même des contraintes sévères à l’emploi ne sont pas reconnues comme telles par le gouvernement», affirme-t-elle, dénonçant «les diagnostics très exigeants» réclamés de médecins.

Selon elle, Québec reconnaît que toute la question des diagnostics médicaux est un problème, mais elle ajoute que «rien n’a encore été fait».

Les organismes communautaires oeuvrant auprès des assistés sociaux n’ont aucune idée du nombre de personnes qui risquent d’être affectées par une réduction de leurs prestations, «mais c’est certain que ce seront les personnes les plus marginalisées», affirme l’organisatrice communautaire.

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