Ohio: des militants sur le terrain s’activent pour ralllier les électeurs

CINCINNATI — Yana Duke a changé cette année.

Arrivée aux États-Unis de l’Ukraine à un jeune âge, elle ne s’était jamais impliquée en politique auparavant. Mais elle a senti le besoin de faire quelque chose en 2020.

«Je crains de voir arriver dans ce pays ce à quoi j’essaie d’échapper, a-t-elle expliqué. Je m’inquiète vraiment du socialisme.»

La femme de 49 ans habite une banlieue de Cincinnati et fait campagne pour le président Donald Trump sur les réseaux sociaux. Elle distribue aussi des affiches et offre bénévolement de son temps pour différents événements, comme une récente visite d’Ivanka Trump à Cincinnati.

Elle admire ce président républicain «qui obtient des résultats».

L’Ohio et ses 18 grands électeurs sont toujours chaudement disputés, et les plus récents sondages démontrent que c’est à nouveau le cas cette année. L’implication des bénévoles et des militants sur le terrain pour convaincre les électeurs d’aller voter sera plus importante que jamais.

Exception faite du président sortant, la plupart des candidats évitent les rassemblements, et les événements habituels sont annulés en raison de la pandémie de coronavirus. Les bénévoles qui consacreraient habituellement leurs fins de semaine à passer de porte en porte tendent plutôt la main aux électeurs inscrits par textos, par courriels ou sur les réseaux sociaux.

Katie Paris, de la banlieue de Cleveland, est impliquée auprès d’organisations politiques progressistes pratiquement depuis le début de l’âge adulte — mais rien de comparable à celle qu’elle a fondée il y a un an, la Red, Wine & Blue. C’est une communauté en ligne destinée aux femmes qui, cette année, se mobilise pour le candidat démocrate Joe Biden.

Depuis le début de la pandémie, Mme Paris et son groupe en ligne constatent une explosion de la mobilisation.

«Plusieurs d’entre elles doivent jongler avec un emploi à temps plein, leurs enfants et maintenant un peu d’école à la maison, a dit la femme de 41 ans. Et pourtant les gens veulent faire quelque chose; ils veulent faire une différence.»

«C’est sans contredit une année électorale pas comme les autres, mais les femmes sont bonnes pour s’adapter», a-t-elle dit.

À Cleveland, la cofondatrice d’une organisation nonpartisane qui fait la promotion et facilite le vote dans les communautés urbaines explique que les tactiques habituelles pour rejoindre les électeurs ont été remplacées par des graphiques interactifs et une rencontre en ligne avec le rappeur David Banner.

«Je dirais que la pandémie nous a obligés à être plus créatifs, a dit Erika Anthony, de Cleveland Votes. Il y a quand même une courbe d’apprentissage.»

Pour Richard Asimus, un homme de 76 ans qui a aidé à créer la petite mais vigoureuse organisation Bold New Democracy, qui se réunissait chaque semaine et organisait des événements dans la région de Cincinnati avant la pandémie, le téléphone est maintenant devenu un outil de choix. Il consacre plusieurs heures chaque jour à des appels, des textos et des courriels.

«Je suis un organisateur», a dit M. Asimus.

Il a ainsi recruté à la dernière minute une poignée de personnes pour assister à une conférence de presse démocrate. Et à un autre moment, il a rapidement amassé 2000 $ US pour acheter des annonces en ligne pour des candidats locaux.

M. Asimus a commencé à s’impliquer il y a deux ans parce qu’il était outré de voir les républicains redessiner à leur avantage les circonscriptions de l’Ohio, un redécoupage qui a ultimement été approuvé par la Cour suprême des États-Unis.

Une femme de 66 ans, Diane Cunningham Redden, a aidé à lancer SHELeads dans la région de Cincinnati il y a quatre ans. Sa mission de base est d’identifier, d’encadrer et d’appuyer les candidates.

«Nous ne sommes pas un club de femmes qui se réunit pour le lunch», a dit Mme Redden, qui est active au sein du Parti républicain du comté de Hamilton. Cette année, les candidats pro-Trump ont organisé des cortèges automobiles et se sont rassemblés aux intersections achalandées pour solliciter les automobilistes.

Le secrétaire d’État républicain de l’Ohio, Frank LaRose, a récemment dit que le taux de participation dans son État atteint des niveaux sans précédent.

Et les militants sur le terrain n’ont aucune intention de ralentir.

«Je suis vieux et il faut garder un certain équilibre», a dit M. Asimus, avant d’ajouter qu’il prévoit s’impliquer huit ou neuf heures par jour, sept jours par semaine, d’ici au 3 novembre.

Mme Duke fera du bénévolat le jour du scrutin. Et elle sera active sur les réseaux sociaux. Elle en a constaté la puissance il y a quelques semaines quand elle s’est plainte en ligne que quelqu’un avait volé son affiche de Donald Trump. Rapidement, les affiches pro-Trump ont commencé à se multiplier dans son quartier.

Mme Paris a dit que Red, Wine & Blue, qui utilise souvent l’humour qui satirise les mères banlieusardes, a créé une communauté en ligne «avec beaucoup de momentum, il y a vraiment du pouvoir», alors que les femmes rejoignent leurs amis et voisins avec des vidéos et d’autres messages.

À Cleveland, Mme Anthony explique que des bénévoles organisent le transport vers les bureaux de vote pour ceux qui veulent voter en personne. Ils s’assurent aussi que ceux qui veulent sortir en public pendant la pandémie ont l’équipement nécessaire.

Mme Redden dit que plusieurs activités sur le terrain sont prévues pour mobiliser les électeurs, même si l’énergie des partisans de M. Trump est déjà élevée.

«Je ne sais pas si ça pourrait vraiment être plus excitant», a-t-elle dit en ricanant.

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