«On a besoin de bras» dans les CHSLD, insiste François Legault

QUÉBEC — Le premier ministre François Legault a lancé un appel à tous, mardi, pour combler des postes dans les résidences pour aînés qui sont actuellement dépassées par la pandémie.

Lors de sa conférence de presse quotidienne, M. Legault a révélé que la situation était «critique» dans 41 des 2600 résidences de la province, et que 1250 employés qui travaillent normalement en CHSLD sont absents.

«On a besoin de bras, a-t-il laissé tomber. Nous pouvons comprendre que du personnel soit infecté et que d’autres ont peur d’être infectés. (…) Il faut du courage pour s’y rendre.» 

Il a renouvelé son appel aux omnipraticiens et aux médecins spécialistes afin qu’ils se rendent physiquement dans les résidences pour donner un coup de main.

Selon la ministre de la Santé, Danielle McCann, les médecins spécialistes avaient proposé d’aider à appeler les familles des résidents. «Oui, mais il y a d’autres personnes qui peuvent faire ça», leur a-t-elle répondu.

Un médecin spécialiste peut faire le travail d’un préposé aux bénéficiaires, a insisté à son tour M. Legault, en n’excluant pas de faire appel en outre à des dentistes et à des hygiénistes dentaires. 

«On a besoin de gens qui ont toutes sortes de formations médicales. (…) Il faut venir combler cette pénurie, ce manque entre autres de préposés aux bénéficiaires dans les CHSLD et on a besoin de tout le monde.»

Le premier ministre a aussi encouragé les professeurs spécialisés en sciences infirmières, par exemple, à se joindre à l’effort collectif pour aller prêter main-forte auprès des personnes âgées.

Il a noté qu’au total, 6000 travailleurs du secteur de la santé, dont 1250 employés des CHSLD, sont absents actuellement pour différentes raisons. 

Ce transfert de professeurs pourrait causer un «petit problème» lorsque les milieux scolaires rouvriront, a-t-il reconnu. Cependant, dans l’immédiat, «c’est une question de devoir citoyen et moral», selon lui.

Certains proches aidants à nouveau les bienvenus

Dans le même ordre d’idées, M. Legault a également annoncé qu’il permettra dès jeudi à certains proches aidants déjà connus du réseau d’aller dans les CHSLD uniquement pour soigner leur être cher.

Avant la crise de la COVID-19, environ 10 % des résidents avaient besoin d’un aidant naturel, qui leur prodiguait des soins d’hygiène, les alimentait ou les hydratait.

Ces proches aidants seront identifiés prochainement par les directions d’établissements, a précisé le directeur national de santé publique, Horacio Arruda.

Ils devront se soumettre à un test de dépistage du coronavirus et signer un consentement éclairé quant aux risques de contracter la maladie.

«Si vous êtes une personne qui n’est pas dans cette catégorie, je vous demande de ne pas mettre de pression ou porter plainte contre les choix qui seront faits, a-t-il déclaré. Si c’est la cohue, on va devoir reculer et nous serons tous perdants.»

Le Québec a enregistré mardi 75 nouveaux décès, pour un total de 435. La province compte désormais 14 248 cas confirmés de COVID-19, dont 936 sont hospitalisés. De ce nombre, 230 personnes sont aux soins intensifs, une augmentation de seulement quatre personnes depuis lundi.

Selon le Dr Arruda, le Québec a «aplati la courbe», mais à son avis, il n’est pas temps de relâcher les efforts pour autant. «Même au pic, même à la descente, il faut faire attention», a-t-il prévenu, en disant s’attendre à ce que le pic soit atteint le 18 avril ou même avant dans certaines régions.

Les seuils d’immigration pourraient être revus à la baisse, annonce Legault

Par ailleurs, répondant à une question d’un journaliste, le premier ministre a annoncé qu’il pourrait abaisser les seuils d’immigration en raison des conséquences économiques de la pandémie.

La semaine dernière, le Conseil du patronat et la Chambre de commerce du Montréal métropolitain avaient soulevé cette hypothèse, en disant constater que le taux de chômage dans la province était élevé.

Il s’agissait d’un virage à 180 degrés pour ces organismes qui, jusqu’à tout récemment, réclamaient au moins 60 000 immigrants par année pour combler la pénurie de main-d’oeuvre.

Avant la crise, Québec prévoyait hausser en 2020 le nombre maximum de nouveaux arrivants à 44 500, puis à 47 500 en 2021. En 2022, le nombre d’immigrants admis devait se situer entre 49 500 et 52 500.

Aujourd’hui, «il faut tout revoir», a déclaré François Legault, mardi. «C’est quelque chose qu’on va regarder. Je pense qu’il faut tout revoir, entre autres le nombre d’immigrants, avec le taux de chômage élevé qu’on va avoir dans les prochains mois, on pourrait effectivement réduire le nombre.»