On pourrait détecter le coronavirus sur les planchers

MONTRÉAL — Il semble possible de détecter la présence du coronavirus sur les planchers, ce qui pourrait donner aux responsables un préavis de quelques jours avant une éclosion, démontrent des travaux en partie réalisés à Montréal.

Cela pourrait par exemple permettre aux gestionnaires d’hôpitaux ou de résidences pour personnes âgées de se préparer à voir le virus se manifester à l’intérieur de leurs murs.

Le principe est le même que lors de la détection du coronavirus ou d’autres pathogènes dans les eaux usées, mais à beaucoup plus petite échelle, a expliqué le professeur Jesse Shapiro, du département de microbiologie et d’immunologie de l’Université McGill.

«Avec les eaux usées, c’est un échantillon de milliers ou de millions de personnes à l’échelle d’une ville ou d’un quartier, a dit le professeur Shapiro, qui est également co-responsable du pilier Biologie et modélisation computationnelles du réseau CoVaRR-Net, qui a été créé pour contribuer à la stratégie globale du gouvernement du Canada visant à faire face à la menace que représentent de nouveaux variants du SRAS-CoV-2.

«Ici, on parle d’un échantillonnage un peu plus ciblé. Ça donne une résolution plus fine que les eaux usées.»

Selon l’hypothèse la plus plausible, le virus se dépose sur le sol après avoir été excrété par une personne infectée. Il demeure ensuite détectable, même après avoir été piétiné par des centaines ou des milliers de personnes dans le couloir d’un hôpital, par exemple.

Les travaux de CUBE (Coronavirus in the Urban Built Environment) démontrent aussi que le virus est plus facile à détecter sur le plancher que sur d’autres surfaces, comme les poignées de porte ou dans les lavabos des salles de bain, possiblement parce que moins de virus s’accumulent sur ces derniers.

«Ça fonctionne vraiment mieux sur les planchers des immeubles, à l’intérieur, a dit le professeur Shapiro. La détection est plus sensible sur les planchers. Le plancher est un bon réservoir de virus.»

Les études de CUBE montrent également que l’échantillonnage des sols peut détecter le virus jusqu’à une semaine avant la déclaration des cas, ce qui peut contribuer à éclairer des décisions liées au contrôle des infections et potentiellement prévenir ou contenir des éclosions.

Cette méthode de détection est moins invasive que de demander à tous les employés d’un établissement de se soumettre à un test de dépistage, poursuit-il. On peut l’utiliser tous les jours «pour avoir une idée de ce qui se passe à l’intérieur des murs», a-t-il dit, sans que ça soit trop coûteux ou trop invasif.

La problématique de détection du virus sur le plancher est la même que pour sa détection dans les eaux usées, quand on tente de le repérer après qu’il eut été dilué dans des millions de litres d’eau, a-t-il ajouté.

On essaie de retrouver sur le plancher de toutes petites concentrations du virus, «donc c’est vrai que ça peut être difficile d’en détecter», a dit M. Shapiro.

«On ne pourrait pas détecter un seul virus, ça prend une certaine concentration, a-t-il expliqué. C’est une toute nouvelle méthode et on est en train de découvrir quelle est sa sensibilité et quelle est la limite de détection.»

Les chercheurs canadiens sont parmi les premiers à s’intéresser à la détection du coronavirus sur les planchers, et le professeur Shapiro croit que le Canada est bien positionné pour devenir l’un des leaders de cette méthode de détection.

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