Ontario: 10% des jeunes admettent conduire après avoir consommé du cannabis

MONTRÉAL — Dix pour cent des jeunes Ontariens admettent avoir déjà pris le volant dans l’heure qui a suivi leur consommation de cannabis.

Les garçons, les jeunes qui conduisent de manière imprudente, ceux qui ont déjà texté au volant et ceux qui ont déjà conduit après avoir consommé de l’alcool étaient les plus susceptibles de conduire après avoir consommé du cannabis.

«Les jeunes chez qui on a détecté une dépendance au cannabis étaient aussi 12 fois plus susceptibles que les autres de prendre le volant après en avoir consommé», a dit l’auteur de l’étude, le chercheur Nathan Cantor de l’École d’épidémiologie et de santé publique de l’Université d’Ottawa, qui a discuté de ses conclusions en primeur avec La Presse Canadienne.

Ces résultats découlent de l’analyse des réponses d’environ 1160 jeunes Ontariens qui participent à l’Ontario Student Health and Drug Use Survey, qui est présentée comme la plus ancienne étude canadienne concernant la consommation de drogue et d’alcool par les étudiants, ainsi que leur santé mentale et physique.

Tous les sujets étaient détenteurs d’un permis de conduire et leur âge moyen était de 16,8 ans. Les réponses avaient été colligées en 2017, avant la légalisation de la marijuana au Canada.

«Penser que la légalisation n’était pas si importante que ça et percevoir le cannabis comme n’étant pas intrinsèquement dangereux (…) sont deux attitudes qui étaient étroitement associées au fait de conduire après avoir consommé du cannabis», a dit M. Cantor.

Au début des années 2000, poursuit-il, environ 20 % des jeunes admettaient prendre le volant après avoir consommé du cannabis. La situation semble donc s’être améliorée au cours des 20 dernières années.

De plus, des données préliminaires provenant de 2019, soit après la légalisation de la marijuana au Canada, ne témoignent pas d’une augmentation de la fréquence de ce comportement chez les jeunes.

Malgré tout, les jeunes semblent toujours percevoir le cannabis comme étant une substance moins nocive et moins dangereuse que l’alcool.

«Presque tout le monde va me dire que c’est bien moins pire de conduire après avoir fumé qu’après avoir pris de l’alcool, a commenté le docteur Nicholas Chadi, un pédiatre du CHU Sainte-Justine qui côtoie quotidiennement des jeunes aux prises avec des problèmes de toxicomanie ou de santé mentale. La banalisation, je la vois absolument et ça peut mener à un faux sentiment de sécurité.»

Les jeunes, ajoute-t-il, lui disent souvent que fumer de la marijuana va les détendre, ce qui fera d’eux, croient-ils, des conducteurs plus prudents et plus patients.

«Il y a des perceptions à aller chercher et corriger parce que ça a été démontré qu’il y a une corrélation très sérieuse entre une augmentation du risque d’accidents de la route et la consommation de cannabis», a-t-il prévenu.

Dans le cadre de la même étude, seulement 4 % des jeunes ont reconnu s’installer derrière le volant après avoir pris au moins deux consommations dans la dernière heure. Ce pourcentage était d’environ 40 % dans les années 1970, et les campagnes de sensibilisation au danger de l’alcool au volant semblent donc porter des fruits.

Il pourrait donc être possible de s’inspirer des campagnes menées contre l’alcool au volant pour convaincre les jeunes qu’il n’est pas plus acceptable de consommer du cannabis avant de conduire, a dit M. Cantor.

Les conclusions de l’étude sont publiées par le journal médical Preventive Medicine.