Le SCFP maintient son mot d’ordre de grève vendredi dans des écoles en Ontario

TORONTO — Le premier ministre Justin Trudeau a indiqué à son homologue de l’Ontario, Doug Ford, mercredi, qu’il trouve «inacceptable» le recours à la disposition de dérogation dans la loi pour empêcher les travailleurs de l’éducation de faire la grève dans cette province. 

«J’ai insisté sur l’importance de défendre les droits et les libertés des Canadiens, y compris les droits des travailleurs, et j’ai réitéré que l’usage de la clause dérogatoire à titre préventif est inadmissible», a déclaré le premier ministre Trudeau dans un gazouillis tard mercredi soir.

Au bureau de M. Ford, l’on a précisé que ce dernier a souligné au premier ministre du Canada que de permettre aux travailleurs de l’éducation de faire la grève en Ontario aurait un effet «inacceptable» sur les étudiants après deux ans de perturbations causées par la pandémie de COVID-19.

M. Ford «a réitéré que l’Ontario est déterminé, au besoin, à adopter une loi pour garder les salles de classe ouvertes et assurer une  stabilité aux parents et aux élèves», indique le compte rendu fourni par le gouvernement provincial.

Mot d’ordre de grève maintenu

Le syndicat qui représente 55 000 travailleurs de l’éducation en Ontario a maintenu, mercredi, «jusqu’à nouvel ordre», le déclenchement d’une grève de ses membres dans des écoles vendredi.

Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) a déclaré mercredi après-midi que ces 55 000 membres — éducatrices en garderies, aides-enseignantes ou bibliothécaires, notamment — vont débrayer vendredi comme prévu, malgré une loi spéciale imminente qui rendrait leur grève illégale.

Les libéraux fédéraux ont critiqué le gouvernement Ford cette semaine. 

Plus tôt mercredi, Justin Trudeau a affirmé que son gouvernement examinait ses options pour réagir à l’utilisation de la disposition de dérogation par le gouvernement Ford. 

Il a fait un bref commentaire en français à l’extérieur de la Chambre des communes peu de temps après que le chef du NPD, Jagmeet Singh, a demandé au gouvernement fédéral d’agir davantage. 

«Nous assistons actuellement à une attaque claire contre les travailleurs, les travailleurs vulnérables et les droits des travailleurs. Il doit y avoir une réponse», a déclaré M. Singh aux journalistes mercredi après-midi. 

«Nous sommes ouverts à toute solution à mettre sur la table et à évaluer si elle fonctionnera ou non et si elle aidera les droits des travailleurs», a-t-il martelé.

Le syndicat n’avait jamais jusqu’ici précisé s’il prévoyait une grève d’une journée ou une grève plus longue. Laura Walton, présidente du Conseil des syndicats des conseils scolaires de l’Ontario, affilié au SCFP, a cependant déclaré mercredi que ses membres seraient en grève générale illimitée. 

Le SCFP a fait une contre-offre au gouvernement mardi soir, mais le ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, a déclaré mercredi qu’il ne négocierait pas à moins que le syndicat n’annule son mot d’ordre de grève.

Le gouvernement avait déjà déclaré qu’il reviendrait à la table de négociations si le médiateur le demandait, et qu’il voulait savoir avant tout si la nouvelle offre du SCFP était «raisonnable». Toutefois, Stephen Lecce a déclaré mercredi que toute nouvelle offre devait s’accompagner d’un retrait du mot d’ordre de grève pour vendredi.

«Retirez la menace et discutons (de la contre-offre) à la table, a-t-il déclaré mercredi en conférence de presse. Nous avons été très clairs: nous sommes prêts à négocier avec n’importe quel partenaire volontaire, mais ils doivent retirer de la table la (menace d’une) grève vendredi. Nous n’accepterons pas de grève ce vendredi ou n’importe quel jour.»

Le gouvernement de l’Ontario a déposé un projet de loi au début de la semaine — et espère le faire adopter avant vendredi — pour imposer une convention collective de quatre ans à ces travailleurs de l’éducation et leur interdire de faire la grève, sous peine d’amendes élevées.

En réponse aux conditions de travail prévues dans le projet de loi, les négociateurs du SCFP ont présenté une contre-offre tard mardi soir. Le syndicat n’a pas dévoilé le contenu de cette nouvelle contre-offre.

Le gouvernement proposait initialement des augmentations de 2 % par année pour les travailleurs gagnant moins de 40 000 $ et de 1,25 % pour tous les autres. Le ministre Lecce a précisé que la nouvelle convention de quatre ans imposée par la loi spéciale accorderait 2,5 % d’augmentations annuelles aux travailleurs gagnant moins de 43 000 $ et 1,5 % pour tous les autres.

Le SCFP soutient que cette proposition est basée en fait sur les salaires horaires et les échelles salariales, de sorte que la majorité des travailleurs qui gagnent moins de 43 000 $ par année n’obtiendraient pas cette augmentation de 2,5 %.

Le syndicat demandait à l’origine des augmentations annuelles de 11,7 %, plaidant que ces travailleurs, qui gagnent en moyenne 39 000 $ par année, sont généralement les moins bien payés dans tout le réseau scolaire.

De nombreux conseils scolaires de la province, dont celui du District de Toronto, ont prévenu qu’ils devraient fermer des écoles en cas de grève, parce qu’ils ne peuvent pas fonctionner en toute sécurité sans le personnel représenté par le SCFP.

Plusieurs autres syndicats, dont les syndicats d’enseignants actuellement en négociation avec le gouvernement, ont exprimé leur solidarité avec le SCFP. Un appui est même venu de l’Union internationale des journaliers d’Amérique du Nord, qui avait appuyé les progressistes-conservateurs de Doug Ford lors des élections du printemps.

Le gouvernement négocie actuellement avec les quatre principaux syndicats d’enseignants de la province. La présidente de la Fédération des enseignantes et des enseignants des écoles secondaires de l’Ontario a déclaré mercredi qu’à la lumière de la loi spéciale, elle était préoccupée par les négociations de son propre syndicat.

«C’est si lourd, si draconien, si inutile, si inconstitutionnel — l’ensemble de ces réponses, a déclaré Karen Littlewood. Il est difficile de s’asseoir avec un autre groupe qui agit de la sorte.»

Les partis d’opposition à Queen’s Park ont fermement condamné le projet de loi conservateur. Une quinzaine de députés néo-démocrates se sont fait expulser de la période des questions, mercredi, pour avoir utilisé un langage non parlementaire ou pour avoir ignoré un rappel à l’ordre de la présidence. 

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