ONU: le nouvel ambassadeur canadien ne veut pas faire dans la dentelle

OTTAWA — Réputé pour ne pas avoir la langue dans la poche, le nouvel ambassadeur canadien à l’ONU, Bob Rae, n’a pas l’intention de changer son style.

Selon lui, être diplomate ne signifie pas n’avoir rien à dire.

Bob Rae a été nommé à l’ONU en août, deux mois après la cinglante défaite du Canada à l’élection visant à pourvoir des sièges au Conseil de sécurité. Il succède à Marc-André Blanchard.

Faisant mauvaise fortune, bon coeur, M. Rae constate que le Conseil de sécurité n’a pas fait preuve de leadership ou de prises de décisions depuis un bon moment.

Malgré la défaite de juin, la mission du Canada se poursuit. M. Rae pousse de l’avant la même stratégie que le pays a déployée en tentant d’obtenir un siège au Conseil: collaborer avec les autres pays et organisations internationales pour reconstruire une économie mondiale mise à mal par la COVID-19.

Le premier ministre Justin Trudeau, son homologue de la Jamaïque, Andrew Holness, et le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres ont convoqué la semaine dernière la deuxième rencontre de haut niveau sur le financement du développement durable à l’horizon 2030 à l’ère de la COVID-19.

Une première réunion s’était déroulée en mai, moins de trois semaines avant le vote pour un siège au Conseil de sécurité.

Selon M. Rae, le Conseil «ne fonctionne pas aussi bien qu’il le devrait». Plusieurs pays, dont le Canada, forment de nouvelles alliances. «L’initiative canado-jamaïcaine en est un exemple. Les pays se disent simplement: ‘si nous n’obtenons aucun leadership [du Conseil], nous ferons mieux de déterminer d’où il viendra’».

La semaine dernière, le premier ministre Justin Trudeau, son homologue jamaïcain Andrew Holness et le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres ont convoqué la deuxième grande réunion de l’événement de haut niveau de l’ONU sur le financement du développement à l’ère du COVID-19 et au-delà. Il a réuni de nombreux dirigeants mondiaux et chefs de grandes organisations internationales, dont la Banque mondiale et le Fonds monétaire international.

Ils se sont rencontrés pour la première fois fin mai, moins de trois semaines avant le vote du Conseil de sécurité.

Rae a déclaré que le conseil «ne fonctionnait pas aussi bien qu’il le devrait», de sorte que d’autres pays, dont le Canada, formaient d’autres alliances. « L’initiative canado-jamaïcaine en est un exemple. Les pays disent que s’ils n’y obtiennent aucun leadership, ils feraient mieux de déterminer d’où cela pourrait provenir.»

Avant sa nomination à l’ONU, M. Rae avait remis un rapport à Justin Trudeau sur sa mission à titre d’envoyé extraordinaire pour les enjeux humanitaires et relatifs aux réfugiés.

C’est un document de grande envergure qui se lit comme un manifeste de politique étrangère. M. Rae y prône une réponse coordonnée à la pandémie et aux déplacements forcés de population ainsi qu’une augmentation de l’aide à l’étranger.

Le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, croit que les idées de M. Rae et son rôle d’envoyé du gouvernement le rendront efficace à l’ONU.

«L’expérience et les connaissances de l’ambassadeur Rae interviennent à un moment important. La Pax Americana est probablement derrière nous, dit M. Champagne. Nous devons maintenant voir quels sont nos intérêts, nos valeurs et nos principes. Nous pouvons les faire progresser avec nos partenaires traditionnels et en établissant de nouvelles alliances à travers le monde.»

Après avoir été député, premier ministre néo-démocrate en Ontario, chef intérimaire des libéraux fédéraux et porte-parole du parti en matière de politique étrangère, Bob Rae a l’impression d’avoir bouclé la boucle. Son père, Saul, a été un diplomate pendant 40 ans, occupant notamment les postes d’ambassadeur auprès des Nations Unies, aux Pays-Bas et au Mexique.

«J’ai grandi en pensant à la politique étrangère et à la place du Canada dans le monde. Je ne m’en suis jamais désintéressé de cela», raconte-t-il.

M. Rae souligne que sa nouvelle carrière diplomatique était également fondée sur son expérience de la crise au Myanmar au cours de laquelle 700 000 musulmans se sont réfugiés dans le Bangladesh voisin en 2017 après que les tueries provoquées par l’armée de leur pays.

Il a visité Cox’s Bazar au Bangladesh, une ville qui est devenue le plus grand camp de réfugiés au monde, et a publiquement poussé le gouvernement canadien à en faire plus pour les aider.

«Il est important pour nous d’apprécier à quel point la vie est vraiment très difficile pour beaucoup de gens à cause de la combinaison du climat, de la maladie et des conflits politiques, souligne M. Rae. Quand on voit les choses de première main et qu’on en fait l’expérience, on vient comprendre.»

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