O’Toole promet d’appuyer la communauté LGBTQ, notamment sur les «poppers»

OTTAWA — Un gouvernement conservateur répondrait aux besoins de la communauté LGBTQ du Canada – y compris sur la question des «poppers» – dit Erin O’Toole, malgré le scepticisme de Justin Trudeau sur l’engagement du chef conservateur envers les priorités queer.

La drogue récréative, un relaxant musculaire largement utilisé par les hommes ayant des relations homosexuelles, nécessite une ordonnance et circule sur le marché gris en raison de sa disponibilité limitée, mettant potentiellement en danger la sécurité des utilisateurs.

La députée conservatrice Michelle Rempel Garner a récemment envoyé une lettre demandant à la ministre fédérale de la Santé d’étudier les avantages et les inconvénients des nitrites d’alkyle – le nom officiel du poppers –, constatant un manque d’attention qu’elle attribue à la stigmatisation des soins de santé pour les LGBTQ.

Lors d’un arrêt de campagne à Ottawa, jeudi, M. O’Toole a déclaré que les conservateurs défendraient les membres de la communauté LGBTQ, notamment par l’entremise de demandes à Santé Canada, dans le but de créer un approvisionnement plus sûr.

«Je veux que les membres de la communauté LGBT sachent que s’ils veulent que quelque chose soit examiné, s’ils défendent un enjeu – comme Michelle (Rempel Garner) l’a fait, comme moi, comme d’autres membres de notre caucus – nous voulons nous assurer qu’un gouvernement est sensible aux besoins de tous les Canadiens dans toutes les communautés», a déclaré M. O’Toole aux journalistes.

«Nous défendrons (ces enjeux), notamment en demandant à Santé Canada d’examiner les questions qui préoccupent la communauté LGBT.»

M. O’Toole a réitéré sa critique de la «promesse non tenue» du chef libéral Justin Trudeau de mettre fin à une politique discriminatoire qui empêche de nombreux hommes gais et bisexuels de donner du sang.

Le Canada a introduit une interdiction à vie pour les hommes gais en 1992 et l’a modifiée en 2013 afin que le sang soit accepté d’un homme qui s’est abstenu d’avoir des relations sexuelles avec un autre homme pendant au moins cinq ans.

Le délai d’attente est ensuite passé à un an et puis à trois mois en 2019.

Récemment, la Société canadienne du sang a déclaré que d’ici la fin de 2021, elle recommanderait à Santé Canada de supprimer la période d’attente et d’instaurer un dépistage pour tous les donneurs en fonction du comportement sexuel.

M. Trudeau a reconnu que la fin de l’interdiction du don de sang figurait dans la plateforme libérale en 2015, réitérant jeudi que le gouvernement fédéral est déterminé à atteindre cet objectif.

«Nous reconnaissons que la Société canadienne du sang est indépendante du gouvernement, mais nous pouvons leur donner les outils nécessaires pour le faire et c’est ce sur quoi nous travaillons», a déclaré le chef libéral à Victoria.

M. Trudeau a également cherché à tracer une ligne entre les libéraux et les conservateurs sur la thérapie de conversion.

«Il n’est pas juste que quelqu’un se fasse dire qu’il est brisé ou imparfait ou qu’il y a quelque chose qui ne va pas», a-t-il déclaré.

«Ce sera une priorité absolue pour nous si nous sommes réélus. Et malheureusement, nous devons souligner le contraste avec un parti (dont) les membres ont voté majoritairement contre l’interdiction de la thérapie de conversion», a ajouté M. Trudeau.

Un projet de loi visant à interdire les thérapies de conversion que les libéraux ont présenté à la fin de la séance du printemps a été repoussé par certains législateurs conservateurs: 62 des 119 députés conservateurs ont voté contre la loi.

La plateforme conservatrice dévoilée cette semaine déclare: «Les conservateurs ont clairement exprimé leur opposition à la thérapie de conversion et aux tentatives de changer de force l’orientation sexuelle d’une personne.»

La question de l’avortement rattrape O’Toole

Après avoir dit aux Québécois, mercredi soir, que son gouvernement assurerait le droit à l’avortement «point final», le chef conservateur Erin O’Toole tentait d’expliquer, jeudi matin, pourquoi son programme promet de protéger le droit des médecins de refuser de fournir des services médicaux pour lesquels ils ont des objections morales ou religieuses.

M. O’Toole insiste qu’il n’y a pas là contradiction, «pas du tout».

En point de presse jeudi matin, il a cité surtout l’aide médicale à mourir pour justifier cette porte que son programme ouvre aux professionnels de la santé pour «protéger» leur «droit de conscience».

Malgré les demandes insistantes des journalistes, il a refusé de dire si cette protection doit s’étendre au refus des services d’avortement.

«Je veux m’assurer que l’accès des femmes aux services (d’avortement) soit disponible partout au pays. C’est un droit important qui n’est pas le seul que je défendrai. Je pense que nous pouvons aussi défendre les droits de conscience des hommes et des femmes admirables qui travaillent dans notre système de santé», a-t-il précisé en anglais.

«C’est possible (…) avec une augmentation des services pour l’aide médicale à mourir d’avoir une approche qui va respecter nos infirmières, nos médecins», a-t-il répété, dans les deux langues, à plusieurs reprises. 

M. O’Toole s’est déjà clairement exprimé sur son malaise à voir l’aide médicale à mourir étendue aux personnes qui souffrent de problèmes de santé mentale. La loi fédérale actuelle ne le permet pas encore, mais la chose est à l’étude et pourrait devenir réalité dans une prochaine version de la loi.

De l’autre côté de la rivière, à Gatineau, le chef bloquiste Yves-François Blanchet voyait dans le discours de l’adversaire conservateur «une formule un peu ambiguë» pour plaire à la fois aux Québécois età sa base.

À Victoria, l’adversaire libéral y est allé avec beaucoup moins de retenue.

«On voit encore une fois quelque chose d’assez fondamental que Erin O’Toole ne comprend pas: la liberté de choix, être pro-choix, ce n’est pas une question de choix pour les médecins, c’est une question de choix pour les femmes. Les leaders doivent être sans équivoque là-dessus et Erin O’Toole ne l’est pas. Il dit encore une chose à certains groupes et le contraire à d’autres», a lancé Justin Trudeau.

À Edmonton, le chef néo-démocrate était tout aussi tranchant.

«C’est un danger. C’est une menace pour l’accès. On a déjà des problèmes d’accès pour l’aide médicale à mourir, et aussi aux services d’avortement. On a un très grand problème d’accès à travers le pays dans les régions un peu plus rurales. (…)  Cette promesse va augmenter le problème, va créer une autre barrière», a jugé Jagmeet Singh.

Promesse du jour

Le chef conservateur était de retour à Ottawa au cinquième jour de la campagne pour parler de crise de logement.

Il y a souligné sa promesse d’un million de logements en trois ans. Il compte y arriver en transformant des bureaux de fonctionnaires fédérauxet en interdisant pour au moins deux ans l’achat d’immobilier canadien par des investisseurs étrangers.

«Une grande partie des propriétés que possède le gouvernement pourrait se transformer en logements, a-t-il argué. Pour construire plus de logements, on va libérer au moins 15 % des immeubles qui appartiennent au gouvernement fédéral.»

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