Ottawa appelé à protéger la faune et la flore de terres aéroportuaires à Montréal

MONTRÉAL — Deux députés montréalais et un groupe militant pour la biodiversité invitent le gouvernement Trudeau à prendre ses responsabilités pour préserver un vaste milieu naturel loué et géré depuis de nombreuses années par Aéroports de Montréal (ADM) après que celui-ci a «rasé» des milliers de plantes à la fin juin, selon Technoparc Oiseaux.

D’une même voix, Marwah Rizqy, députée provinciale de Saint-Laurent, Alexandre Boulerice, député fédéral de Rosemont—La-Petite-Patrie, ainsi que Technoparc Oiseaux ont réclamé mardi des modifications au bail entre Transports Canada et ADM ou la création d’un parc fédéral, afin de protéger un écosystème d’environ 200 hectares situé au nord de l’aéroport Montréal-Trudeau. Un site qui équivaut au mont Royal, a soutenu Mme Rizqy.

Selon M. Boulerice, le fait que ces terrains soient cédés dans un bail n’est pas un prétexte pour le gouvernement Trudeau «de se laver les mains des agissements d’Aéroports de Montréal». Il doit «serrer la vis» à ADM. 

«Les dispositions sont claires. Il faut être capable d’appliquer les lois fédérales pour protéger les écosystèmes. (…) La biodiversité, ce n’est pas juste une affaire qui se passe en Amazonie ou en Afrique subsaharienne, c’est aussi dans notre cour», a plaidé le député néo-démocrate en conférence de presse à Montréal.

Lui et Mme Rizqy ont indiqué qu’il s’agissait de l’un des derniers endroits «verts» de la métropole québécoise.

La députée libérale y voit un lieu «approprié» avec ses milieux humides pour remplir la promesse du gouvernement Trudeau de créer un parc urbain national dans chaque province et territoire.

«Si rien n’est fait, on va perdre cette occasion», a déclaré Mme Rizqy.

ADM a récemment mené des travaux sur une partie de ces terres qui avait été laissée en friche depuis 2012, suscitant la consternation de l’organisme Technoparc Oiseaux. Il déplore en pleine période de nidification la destruction de fleurs, d’arbustes et de plantes, notamment des asclépiades qui contribuent à la survie du papillon monarque, grandement présent à cet endroit.

«On a aussi trouvé des oiseaux morts au sol. Il y a beaucoup d’oiseaux qui nichent au sol et même dans le phragmite qui est dit envahissant», a fait valoir Benoit Gravel, un porte-parole de Technoparc Oiseaux, mardi. L’organisme dit avoir recensé 150 espèces d’oiseaux qui fréquentent le site.

ADM s’est défendu en début de semaine dans des commentaires relayés par certains médias d’avoir rasé le terrain, parlant plutôt d’une tonte du gazon et d’opérations normales d’entretien, notamment en raison de la présence d’herbe à poux et d’herbe longue.

Selon l’organisation, aucune présence de monarques n’avait encore été constatée à cet endroit en 2022. Technoparc Oiseaux soutient que ces papillons arrivent habituellement plus tard en été.

De son côté, le cabinet du ministre fédéral des Transports indique qu’Omar Alghabra «a déjà écrit directement au PDG d’ADM pour lui faire part de ses préoccupations, réclamer des détails sur les prochaines étapes dans ce dossier et lui réitérer l’urgence de la situation».

Bien que les modalités du bail prévoient qu’ADM soit «indépendamment responsable des décisions» pour l’utilisation et le développement des terrains, elles comprennent également des exigences de protection de l’environnement, assure le cabinet du ministre.

«Notre bureau fait des suivis hebdomadaires avec ADM pour connaître leur plan et les presser de progresser sur ce dossier. Notre gouvernement prévoit aussi tenir une rencontre prochainement entre le ministre et l’aéroport pour discuter de la situation», mentionne-t-il dans une déclaration écrite à La Presse Canadienne.

Ces terres comprennent déjà un parc écologique où Aéroports de Montréal a créé l’automne dernier des espaces dédiés aux papillons avec la plantation de quelque 180 plants d’asclépiades et environ 300 graines d’asclépiade.

«C’est un bon début, mais nous réitérons à ADM qu’il doit en faire davantage», écrit le cabinet du ministre Alghabra.

Technoparc Oiseaux s’inquiète tout de même qu’à l’instar d’autres lots, le parc écologique fasse l’objet d’un développement commercial ou industriel, tant et aussi longtemps que le bail reste inchangé.

Sur le site où ADM a récemment procédé à des travaux — surnommé aussi «Champ des monarques» — l’entreprise Medicom avait voulu y construire une usine de production de filtres pour masques chirurgicaux, mais a fait marche arrière cet hiver alors que des groupes environnementaux avaient des craintes à l’égard du projet.

Cette dépêche a été rédigée avec l’aide financière des Bourses de Meta et de La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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