Ottawa appuie la position des pays européens sur le nucléaire iranien

OTTAWA — Le président iranien a haussé le ton, mercredi, face aux trois pays européens qui ont pris des mesures pour forcer Téhéran à respecter l’accord international sur son programme nucléaire — une démarche diplomatique soutenue par le Canada.

L’escalade de la rhétorique sur l’accord nucléaire jette une ombre sur une réunion internationale, jeudi, qui mènera, espère le Canada, à une compensation financière pour les familles des victimes de l’écrasement d’un avion de ligne ukrainien, abattu en vol par les forces iraniennes mercredi dernier.

«Nous n’acceptons pas l’argument selon lequel l’Iran serait autorisé à cesser partiellement la mise en oeuvre de ses engagements» en vertu de l’accord de Vienne sur le nucléaire, ont indiqué mardi les ministres des Affaires étrangères de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni, dans une déclaration commune. «Contrairement à ses déclarations, l’Iran n’a jamais déclenché le mécanisme de règlement des différends prévu par (l’accord) et n’a aucun fondement en droit pour cesser de mettre en oeuvre» ses dispositions.

Après avoir nié pendant des jours avoir abattu l’avion civil, les dirigeants iraniens se sont finalement excusés et ont admis leur «erreur», sur un ton conciliant. Ce ton a toutefois changé, mercredi, lorsque le président iranien, Hassan Rohani, a déclaré que les soldats européens au Moyen-Orient «pourraient être en danger» à la suite de la décision prise mardi en Europe d’appliquer une disposition de l’accord de Vienne qui pourrait ramener les sanctions contre Téhéran.

Garneau impatient

Le ministre canadien des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, participera jeudi à la réunion du Groupe international de coordination et d’intervention pour les familles des victimes du vol PS752, au haut-commissariat du Canada à Londres. La tragédie a fait 176 victimes, dont 57 Canadiens et 82 Iraniens, mais aussi des ressortissants de quelques autres pays.

La réunion comprendra donc des représentants de l’Ukraine, de la Suède, de l’Afghanistan et du Royaume-Uni. Selon Ottawa, cette rencontre «a pour but de permettre aux familles et aux proches des victimes d’obtenir les réponses qu’ils méritent, d’assurer la responsabilité et la transparence, ainsi que d’obtenir justice, y compris une indemnisation».

Lors d’une conférence de presse à Ottawa, mercredi, le ministre des Transports, Marc Garneau, a déclaré que deux enquêteurs canadiens se trouvaient déjà en Iran, au sein d’une équipe internationale, et avaient obtenu une bonne collaboration des autorités iraniennes. Il a toutefois souhaité que leur participation à l’enquête soit officialisée.

M. Garneau a indiqué que les «boîtes noires» de l’avion étaient actuellement entre les mains des Iraniens et que deux autres enquêteurs canadiens étaient prêts à les examiner. Le ministre a aussi déclaré qu’il avait vu l’enregistrement vidéo — publié par le «New York Times» — montrant ce qui semble être deux missiles distincts visant le Boeing. M. Garneau a précisé que c’est précisément ce que l’enquête doit examiner.

Accord sur le nucléaire

Avant de se rendre à Londres, mercredi, le ministre Champagne a publié un communiqué dans lequel il rappelle le soutien du Canada à la démarche européenne «visant à faire pression sur l’Iran afin qu’il respecte ses engagements en vertu du plan, notamment en déclenchant le mécanisme de règlement des différends». Le ministre rappelle par ailleurs que le Canada «est l’un des principaux pays à contribuer à la surveillance et à la vérification rigoureuses qu’effectue l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) en ce qui concerne le respect des engagements de l’Iran».

Le sort de l’accord sur le nucléaire iranien, conclu en 2015, est étroitement lié à l’escalade entre l’administration de Donald Trump et le régime de Téhéran, qui a culminé mercredi dernier par la destruction de l’avion d’Ukraine International Airlines par un ou deux missiles sol-air iraniens.

Le président Trump a retiré les États-Unis en 2018 de cet accord signé par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies plus l’Allemagne, alors que la Maison-Blanche était dirigée par Barack Obama. L’accord est destiné à empêcher l’Iran d’enrichir suffisamment d’uranium pour produire une bombe atomique.

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