Ottawa appuie une interdiction du mazout lourd dans l’Arctique

Le gouvernement fédéral a annoncé qu’il appuierait une interdiction internationale du mazout lourd nuisible à l’environnement dans le transport maritime dans l’Arctique.

Le soutien du Canada, révélé lors de réunions sur la question à Londres, laisse penser qu’Ottawa pourrait aussi envisager un soutien financer aux résidants du Grand Nord qui craignent que l’obligation pour les transporteurs maritimes d’utiliser des carburants plus chers contribue à augmenter le coût des biens et des denrées.

«En appuyant cette interdiction, le Canada est fier de jouer un rôle de chef de file au sein de l’Organisation maritime internationale et s’engage à continuer de coopérer avec les autres pays, les résidants du Nord et les intervenants du transport maritime afin de contribuer à réduire les répercussions économiques sur les collectivités nordiques», a indiqué mardi par communiqué le ministre des Transports, Marc Garneau.

L’interdiction est appuyée par deux grandes organisations inuites — Nunavut Tunngavik, qui représente les Inuits du Nunavut, et le Conseil circumpolaire inuit, un groupe international.

«L’annonce récente de Transports Canada en faveur d’une interdiction du mazout lourd dans l’Arctique démontre une vision et un leadership et est très encourageante», ont-ils déclaré dans un communiqué conjoint.

L’Organisation maritime internationale examine les façons d’éliminer le pétrole lourd pour alimenter les navires naviguant dans les eaux arctiques. Les pays arctiques ont déjà accepté une interdiction de principe. Les discussions à Londres ont pour objectif de fixer les conditions de l’élimination de ce carburant.

Le mazout lourd est considéré comme un risque majeur en cas de déversement parce qu’il est si épais qu’il reste dans l’environnement pendant de nombreuses années. Un déversement modéré en Russie en 2003 a eu de grands impacts encore visibles plus d’une décennie plus tard chez les mammifères marins.

Ce carburant est également une source majeure de carbone noir, des particules de suie qui assombrissent la glace de mer et accélèrent sa fonte.

Le mazout lourd est interdit dans l’Antarctique depuis des années. Son interdiction dans l’Arctique est désormais soutenue par sept des huit pays de la région. La Russie est le seul pays encore opposé à ce changement.

Insécurité alimentaire grave

Les communautés arctiques dépendent du transport maritime pour obtenir de nombreux biens allant des produits secs aux matériaux de construction.

Transports Canada affirme que le ménage moyen du Nunavut devra débourser environ 649 $ de plus par année en raison du remplacement du mazout lourd par des carburants plus chers. Le coût du transport d’un conteneur d’expédition de six mètres en provenance du sud coûtera environ 1000 $ de plus. Plusieurs familles utilisent ces conteneurs pour faire venir des denrées non périssables en grande quantité.

Plus de la moitié des ménages de l’est de l’Arctique sont déjà considérés comme souffrant d’insécurité alimentaire grave, ce qui signifie qu’ils ne sont pas toujours assurés d’avoir suffisamment de nourriture pour leur prochain repas.

La hausse des prix du carburant touchera également les sociétés minières et les gouvernements de l’Arctique.

Le gouvernement du Nunavut a déclaré qu’il demanderait une indemnisation.

«Le coût de l’interdiction de l’utilisation et du transport de mazout lourd dans les eaux arctiques ne devrait pas alourdir davantage les dépenses quotidiennes comme la nourriture, les articles ménagers et les matériaux», a soutenu Catriona MacLeod, attachée de presse du premier ministre Joe Savikataaq, dans un courriel.

«Le gouvernement du Nunavut préconisera que toute interdiction comprenne des mesures pour aider à compenser le coût pour les Nunavummiut et l’industrie.»

Transports Canada a souligné que les changements seraient progressifs. Le Canada demande que la mise en œuvre de l’interdiction ne survienne pas avant 2024, a indiqué une porte-parole du ministère.

Des consultations avec les communautés autochtones et inuites, l’industrie, les groupes environnementaux et d’autres gouvernements se poursuivront, a-t-elle ajouté.