Ottawa augmente son financement pour l’aide à l’enfance autochtone

OTTAWA — Le gouvernement fédéral fait amende honorable et commencera immédiatement à financer les agences d’aide à l’enfance autochtone pour leur permettre de maintenir le plus possible les enfants auprès de leurs parents.

La ministre des Services aux Autochtones, Jane Philpott, a indiqué jeudi qu’elle avait informé les 105 agences d’aide à l’enfance autochtone de sa décision, qui sera rétroactive au 26 janvier 2016.

Cette annonce fait immédiatement suite à une nouvelle ordonnance du Tribunal canadien des droits de la personne, qui a rappelé jeudi que le gouvernement fédéral n’avait pas encore respecté son jugement de 2016. Le tribunal concluait à l’époque que les enfants autochtones n’avaient pas droit aux mêmes services que les autres enfants canadiens, ce qui constitue une discrimination en vertu de la Charte canadienne des droits et libertés.

La plainte avait été déposée en 2007 par la Société de soutien à l’enfance et à la famille des Premières Nations du Canada. Sa directrice, Cindy Blackstock, trouve honteux que le gouvernement fédéral ait attendu cinq ordonnances du tribunal avant d’agir, mais elle se réjouit quand même de l’annonce de jeudi.

Plus de la moitié des enfants placés en famille d’accueil au Canada sont autochtones, alors que ces enfants comptent pour seulement sept pour cent de tous les enfants canadiens de moins de 15 ans. Dans certaines provinces, comme au Manitoba ou en Saskatchewan, les enfants autochtones comptent pour 90 pour cent de tous les enfants sous la garde de l’État.

La vaste majorité des enfants placés en famille d’accueil ne sont pas victimes d’agressions, mais plutôt de négligence ou de la grande pauvreté de leur famille. Des experts soutiennent depuis des dizaines d’années qu’il vaudrait beaucoup mieux extraire ces familles de la pauvreté plutôt que d’extraire les enfants de leur famille pauvre.

Plusieurs croient que les agences d’aide à l’enfance n’ont pas les moyens ou le pouvoir de faire le maximum pour garder les enfants auprès de leurs parents. En fait, le contraire serait plus intéressant: les dépenses de l’agence dans un dossier sont remboursées par Ottawa uniquement si l’enfant est placé en famille d’accueil.

Dans sa nouvelle ordonnance, le Tribunal canadien des droits de la personne accordait encore deux mois à Ottawa pour commencer à rembourser les coûts réels des programmes de prévention et d’enquête, les frais de déplacement, les honoraires juridiques et même les coûts de rénovation des édifices. La ministre Philpott a indiqué jeudi que ces remboursements commenceraient sur-le-champ.

Mme Blackstock reconnaît que les impacts de cette annonce ne seront pas immédiats. Elle espère entre-temps qu’Ottawa modifiera ses politiques afin de financer directement des agences d’aide à l’enfance qui seraient de compétence autochtone et non provinciale.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie