Ottawa consulte pour confier aux Autochtones le contrôle de leurs services de santé

OTTAWA — Le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, a indiqué jeudi qu’Ottawa avait lancé un processus de consultations en vue d’un projet de loi qui viserait à assurer le contrôle des peuples autochtones sur le développement et la prestation de leurs services de santé, dans le but d’éliminer éventuellement le racisme systémique.

Ottawa a engagé 15,6 millions $ sur deux ans dans ce processus de consultations, comme il l’avait indiqué dans l’énoncé économique de l’automne 2020. Selon le ministre Miller, ce processus de consultations comprendra la collaboration avec des partenaires autochtones pour accroître les connaissances sur leurs pratiques, une formation sur le racisme pour les médecins et la lutte pour une plus grande représentation des Autochtones dans le domaine de la santé.

«Nous ne pouvons plus rester les bras croisés face à cette violation flagrante des droits de la personne et de nos valeurs canadiennes fondamentales», a déclaré jeudi le ministre Miller, en conférence de presse à Ottawa.

La mort tragique de Joyce Echaquan à l’hôpital de Joliette, en septembre dernier, a illustré avec une éloquence troublante le racisme que peuvent subir les Autochtones au sein du système de soins de santé. Dans une vidéo tournée par l’Atikamekw de 37 ans, on entendait des soignantes proférer des insultes racistes à son endroit.

Les proches de Joyce Echaquan et la communauté de Manawan avaient ensuite dévoilé le «Principe de Joyce», série de mesures pour que les Autochtones reçoivent des soins de santé équitables sans être victimes de discrimination. 

Puis, à l’issue de deux jours de rencontres virtuelles avec des leaders autochtones et plusieurs ministres et représentants des gouvernements provinciaux et territoriaux, fin janvier, le ministre Miller a annoncé que son gouvernement comptait travailler sur un projet de loi qui donnerait plus de pouvoirs aux peuples autochtones en matière de santé. Il lance maintenant des consultations pour élaborer ce projet de loi.

«L’histoire de Joyce Echaquan n’était pas un incident isolé», a déclaré le ministre Miller jeudi. «C’était la manifestation d’un problème qui survient trop souvent dans notre système de soins de santé. Il a fallu les médias sociaux pour le ramener à l’attention de tous les Canadiens.»

La confiance est mince 

Le ministre Miller a reconnu jeudi que le «niveau de confiance est très faible» entre les Autochtones et le gouvernement, ce qui constitue un obstacle supplémentaire. Mais il a plaidé que le taux élevé d’adhésion à la vaccination contre la COVID-19 au sein des communautés autochtones démontre que «cette confiance, aussi mince soit-elle, est là».

Il reconnaît que la désinformation qui se répand rapidement sur les médias sociaux peut créer un scepticisme dans la population à l’égard des vaccins, mais il sait aussi que l’histoire canadienne montre que lorsqu’il s’agit du traitement des Autochtones, ce scepticisme est mérité. Et c’est là «un défi supplémentaire», a-t-il reconnu. 

Le docteur Tom Wong, médecin-hygiéniste en chef au ministère des Services aux Autochtones, rappelle les raisons historiques qui rendent les Autochtones plus méfiants, notamment la colonisation, les pensionnats et les expérimentations médicales menées sur des Autochtones, à leur insu. «La confiance se gagne», a-t-il souligné.

Le docteur Wong a précisé que le ministère travaillait avec ses partenaires provinciaux, territoriaux et autochtones pour vacciner tous les adultes autochtones avant l’été.

Le ministre Miller estime quant à lui que son gouvernement est sur la bonne voie pour vacciner d’ici la fin mars 75 % des Canadiens qui vivent dans les communautés nordiques et éloignées. Son ministère affirme aussi que le nombre de cas de COVID-19 dans les communautés autochtones n’a jamais été aussi bas depuis le début de décembre, avec 1869 cas actifs recensés mercredi.

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Cette dépêche a été écrite avec l’aide financière des Bourses de Facebook et de La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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