Ottawa devra se pencher sur un financement accru en santé, assure Trudeau

OTTAWA — Le premier ministre Justin Trudeau affirme que le gouvernement devra envisager d’augmenter le financement des soins de santé après avoir vu les impacts du nouveau coronavirus dans le pays.

Avant la pandémie, le gouvernement fédéral devait ouvrir des discussions en mai avec les provinces et les territoires au sujet des paiements de transfert pour les soins de santé.

Ces discussions ont depuis été reportées pour se concentrer sur la préoccupation plus urgente de COVID-19.

«Nous serons, bien sûr, là pour discuter de l’augmentation du soutien aux provinces pour les soins de santé», a déclaré M. Trudeau, vendredi, à Ottawa, à l’extérieur de sa résidence à Rideau Hall.

«Nous avons constaté des besoins importants en matière de soins de santé à travers le pays.»

Les dépenses en santé en proportion du produit intérieur brut du Canada ont généralement suivi une tendance à la hausse au cours des 40 dernières années, les provinces et les territoires ayant dépensé environ 172 milliards $ en 2019, selon les estimations de l’Institut canadien d’information sur la santé.

Il s’agit du secteur de dépenses le plus important de tous les budgets provinciaux et territoriaux.

Une analyse récente de l’Institut des finances publiques et de la démocratie de l’Université d’Ottawa a conclu que les dépenses en santé deviendraient rapidement insoutenables pour les provinces.

«La demande de soins de santé a augmenté en raison du vieillissement de la population et des progrès de la technologie médicale. Ces tendances devraient se poursuivre à l’avenir», a déclaré dans le rapport Mostafa Askari, économiste en chef de l’Institut.

Les paiements de transfert fédéraux n’ont pas suivi le rythme d’augmentation des coûts, selon le rapport, ce qui signifie que les provinces assument une plus grande part des dépenses.

Le rapport concluait que les provinces devaient trouver un moyen de rendre les dépenses de santé plus efficaces, mais reconnaissait qu’il y avait peu de moyens pour y parvenir.

«Étant donné le défi auquel sont confrontés les gouvernements, il est peut-être temps de revoir la Loi canadienne sur la santé», a écrit M. Askari.

S’assurer que les personnes âgées sont bien prises en charge est une priorité dans toute augmentation future des dépenses pour soutenir les systèmes de santé provinciaux, a déclaré M. Trudeau.

«De toute évidence, tous les Canadiens se posent des questions sur la situation qui a permis à un si grand nombre de nos aînés d’être incroyablement vulnérables à la COVID-19 et aux problèmes connexes», a-t-il dit.

«Nous devons faire mieux et nous travaillerons avec les provinces sur les moyens d’aller de l’avant.»

M. Trudeau a par ailleurs évoqué une idée qui n’a pas eu l’heur de plaire au premier ministre François Legault. 

«Peut-être qu’effectivement, on pourrait avoir une discussion sur si nos résidences d’aînés devraient (être) régies sous la Loi canadienne sur la santé. Il y a plusieurs suggestions, plusieurs discussions qu’on pourrait avoir dans les mois à venir», a-t-il dit.

Lors de son propre point de presse quotidien, M. Legault a affirmé que le Québec «s’occuperait de gérer son réseau», mais que le gouvernement fédéral pourrait aider en augmentant les transferts en santé.

«Bien, écoutez, on se rappelle, quand le système de santé a été mis en place, le gouvernement fédéral en finançait 50 %. Donc, c’était 50 % le fédéral, 50 % les provinces. Aujourd’hui, le fédéral finance seulement 23 % des réseaux de la santé des différentes provinces. Donc, si j’ai une demande à faire à M. Trudeau, c’est qu’il revienne à 50 %», a poursuivi le premier ministre du Québec. 

Des leçons à tirer

La vice-première ministre Chrystia Freeland a déclaré qu’il n’y aura pas de chicane sur les compétences entre les gouvernements fédéral et provinciaux relativement aux dépenses pendant la crise, et que tous ont convenu de ne pas s’attarder à celui qui s’acquittera de la facture.

«Nous sommes toujours dans une situation où notre maison est en feu et nous devons tous être vraiment, vraiment concentrés sur l’extinction du feu», a déclaré Mme Freeland vendredi.

La pandémie nécessite cependant de tirer plusieurs leçons qui seront amenées dans les discussions futures, a-t-elle fait valoir.

«Collectivement, nous devons faire un bien meilleur travail pour prendre soin de nos aînés», a déclaré Mme Freeland.