Ottawa encore critiqué pour sa gestion des achats de vaccins contre la COVID-19

OTTAWA — La gestion de l’achat de vaccins contre la COVID-19 continue de donner des maux de tête au gouvernement Trudeau.

Jeudi, Ottawa était la cible de plusieurs critiques parce que le Canada planifie de piger dans les vaccins de l’initiative COVAX, achat de groupe qui doit donner accès aux vaccins aux pays les plus pauvres.

Parmi ces critiques, celle d’Oxfam Canada.

«Le Canada ne devrait pas prendre les vaccins de COVAX des mains des pays pauvres pour alléger la pression politique ici. (…) Acheter plus de vaccins encore alors que le Canada en a acheté assez pour vacciner quatre fois sa population entière, ce n’est pas une solution viable», écrit Diana Sarosi au nom de l’organisme, dans un communiqué publié jeudi après-midi.

Le Canada a versé 440 millions $ à cette initiative et il était entendu dès le départ que la moitié de cette somme lui fournirait des doses de vaccins pour sa propre population. 

«Nous sommes un pays riche, un pays du G7, et on doit avoir la capacité chez nous pour (produire) les vaccins, pas (compter) sur un programme pour les pays pauvres», a martelé, en point de presse jeudi matin, le chef conservateur Erin O’Toole.

M. O’Toole, qui se plaint de la lenteur de la vaccination au pays, n’a cependant pas voulu dire qu’il faudrait refuser les 1,9 million de doses du vaccin AstraZeneca attendues d’ici la fin du mois de juin via COVAX.

«On a besoin des doses immédiatement», a-t-il simplement répondu à un journaliste qui lui proposait pareil scénario.

Aux Communes, c’est le député Alain Therrien qui a attaqué au nom du Bloc québécois. «On est le seul pays du G7 à le faire. C’est extrêmement gênant», a-t-il lancé.

La vice-première ministre Chrystia Freeland a relevé le gant, disant qu’elle ne s’excuserait jamais de tout faire pour obtenir des vaccins pour les Canadiens. 

Elle et sa collègue Karina Gould, ministre du Développement international, ont également rappelé le fonctionnement de COVAX, prévu pour l’utilisation que le Canada en fait.

Devant un comité parlementaire, c’est le député néo-démocrate Don Davies qui interpellait la ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, lui demandant si pareil geste est «moralement défendable».

La ministre Anita Anand a répété que ça ne contredisait pas l’objectif de COVAX. Elle a également déclaré que si le vaccin AstraZeneca était approuvé bientôt, le Canada recevrait les premières doses de COVAX avant la fin mars.

Nouveau délai de livraison de Moderna

La société pharmaceutique Moderna signale que des ennuis de production qui lui ont imposé de réduire cette semaine de 20 % ses livraisons au Canada vont affecter ses prochaines livraisons aussi, mais on ignore encore jusqu’à quel point.

Le major général Dany Fortin, en charge de la distribution des vaccins au pays, a tenté de se montrer rassurant, jeudi après-midi, à sa séance d’information hebdomadaire. 

«Bien que c’est très décevant de voir, encore une fois, cet obstacle sur la route, c’est temporaire, c’est momentané. Tous les indicateurs sont là que ça va bien selon Moderna, mais je ne suis pas en mesure d’aller vérifier par moi-même», a-t-il laissé tomber.

Moderna, tout comme Pfizer qui a aussi ralenti ses livraisons, assurent que le Canada aura reçu les six millions de doses promises avant le 31 mars.

Le gouvernement Trudeau affirme encore qu’il pourra vacciner d’ici la fin du mois de septembre tout Canadien qui voudra être inoculé.

Au comité parlementaire, la ministre Anand a invité les députés conservateurs qui l’attaquaient sur ce front à «baisser un peu le niveau de rhétorique».

Affirmer qu’il sera impossible de vacciner tous les Canadiens qui le veulent avant la fin septembre, «ce n’est simplement pas vrai», a assuré la ministre, se basant sur l’engagement des manufacturiers. 

Obstacle à la production locale de vaccins

Depuis le début de la pandémie, Ottawa a étudié 87 dossiers d’entreprises locales qui s’offraient pour produire éventuellement un vaccin contre la COVID-19 au pays.

Mais voilà, les manufacturiers des candidats vaccins les plus prometteurs l’été dernier, ceux avec lesquels Ottawa a signé des contrats en août et septembre, ont estimé impossible la production canadienne.

«Nous avons soulevé cette possibilité de production domestique à chaque étape de la négociation», a relaté la ministre Anand au comité parlementaire de l’industrie.

«Les manufacturiers ont examiné les ressources identifiées ici au Canada et ont conclu que la capacité de ce pays, au moment de signer les contrats, (…) était trop limitée pour justifier l’investissement de capital et d’expertise requis pour démarrer une production au Canada», a détaillé Mme Anand.

Les compagnies pharmaceutiques ont préféré miser sur les usines déjà prêtes à produire rapidement et en grandes quantités.

La ministre assure qu’Ottawa n’a pas baissé les bras, à preuve le contrat signé avec Novavax pour une production montréalaise prévue avant la fin de l’année.

«Et c’est une conversation que nous continuons d’avoir avec les fournisseurs de vaccins», a assuré la ministre.

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