Ottawa invité à profiter de la pandémie pour freiner l’exode des cerveaux

OTTAWA — Le gouvernement canadien devrait profiter de la pandémie de COVID-19 pour mettre fin à l’exode des cerveaux vers le sud de la frontière dans le secteur des technologies, a déclaré l’ex-patron de Research In Motion devant un comité de la Chambre des communes lundi.

La crise économique liée à la crise sanitaire représente paradoxalement une opportunité pour le Canada, car elle a entraîné en quelques mois des changements structurels qui prendraient normalement des années à se produire, a fait valoir Jim Balsillie, aujourd’hui président du Conseil canadien des innovateurs.

Il a illustré que la fermeture de la frontière canado-américaine devrait inciter le gouvernement à créer un programme afin d’encourager les étudiants à rester travailler au pays, maintenant que leurs projets de stages dans la Silicon Valley se sont évaporés.

«La frontière pourrait ne pas s’ouvrir avant huit ou douze mois. Nous avons donc une rare occasion d’inverser la fuite des cerveaux: elle est temporairement inversée, mais nous pourrions faire du Canada une destination de premier choix», a déclaré M. Balsillie devant le Comité de l’industrie des Communes.

Ce plaidoyer vient ajouter une nouvelle couche de complexité à la planification gouvernementale de la relance, sachant que les stratégies habituelles ne pourront rien face à une crise qui a terrassé les professions à prédominance féminine.

La crise économique entraînée par la COVID-19 a été davantage comparée à une catastrophe naturelle qu’à une récession traditionnelle.

Plus tôt dans la journée, le gouverneur sortant de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a parlé de la nécessité pour les décideurs politiques de reconstruire les chaînes de valeur brisées, de retirer progressivement les centaines de milliards de dollars offerts en aide d’urgence et de gérer le comportement imprévisible des consommateurs et des entreprises.

«Il est évident que les événements de cette année mettront à rude épreuve les capacités d’élaboration de politiques de toutes les parties concernées, a déclaré M. Poloz. Nous nous retrouvons devant l’inconnu, et il nous faudra être souples et novateurs.»

Selon les données publiées lundi, la prestation d’urgence fédérale pour les Canadiens qui se sont retrouvés sans emploi ou qui ont vu leurs revenus dégringolés dans le cadre de la pandémie représente jusqu’à maintenant 40,33 milliards $ distribués à 8,21 millions de personnes.

La prestation a donc dépassé son budget de 35 milliards $, mais des sommes importantes pourraient être récupérées par le biais des impôts l’année prochaine.

La Banque du Canada a apporté son soutien en achetant des obligations, fournissant des centaines de milliards de dollars de financement à faible coût au gouvernement fédéral et aux provinces.

Dans son discours de lundi, M. Poloz a affirmé que la banque centrale est prête à ce que les besoins de liquidités à court terme des gouvernements exercent une nouvelle pression sur les marchés financiers.

Les dépenses fédérales sont maintenant en hausse de plus de 151 milliards $, et le déficit projeté pour l’exercice en cours devrait s’établir au-delà de 250 milliards $.

Selon un panel d’experts convoqué par l’Institut C.D. Howe, les gouvernements auront probablement besoin d’autres sources de revenus «au-delà des hausses d’impôts» pour financer leurs dépenses. Le panel a notamment suggéré des taxes sur les géants du web.

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