Ottawa lance les consultations pour la construction d’un TGF Québec-Toronto

Un train à grande fréquence (TGF) devrait relier Québec à Toronto d’ici 2030 si tout se déroule comme le souhaite Ottawa.

Le ministre fédéral des Transports, Omar Alghabra, en a officiellement fait l’annonce, mardi, à la Gare du Palais de Québec, précisant que le coût du projet se situera quelque part entre 6 milliards $ et 12 milliards $ selon les choix qui seront faits pour l’ensemble des liaisons.

«La réalisation de ce projet sera le plus grand projet d’infrastructure de transport des dernières décennies au Canada», a lancé avec enthousiasme le ministre de l’Innovation, de la Science et de l’Industrie, François-Philippe Champagne, qui participait également à l’annonce.

L’objectif est de construire des voies ferrées dédiées pour mettre fin aux interruptions de parcours imposées par le passage des trains de marchandises et de leur donner la capacité d’accueillir des trains pouvant rouler jusqu’à 200 kilomètres à l’heure. Ces trains seront électriques sur environ 90 % du parcours et à propulsion diesel dans les espaces urbains, puisqu’ils devront alors emprunter des voies appartenant à des opérateurs privés qui ne pourront fournir l’infrastructure électrique requise.

«Rien d’électoral»

Évidemment, avec les rumeurs d’élections imminentes qui se multiplient et le fait que le gouvernement fédéral procédera à la même annonce à Trois-Rivières et Montréal, le ministre Champagne a dû se défendre d’agir en fonction d’un scrutin à venir.

«Je peux vous dire: il n’y a rien d’électoral dans un enjeu comme celui-là. On parle de bâtir un pays moderne. On parle de bâtir du transport collectif. On parle de bâtir du transport collectif vert, c’est exactement ce que les Québécois veulent voir», a-t-il dit.

Le choix de train «à grande fréquence» plutôt qu’«à grande vitesse» repose sur des études démontrant que les distances entre chaque ville desservie ne sont pas assez importantes pour bénéficier pleinement de la très grande vitesse, qui exige un temps d’accélération et de décélération en dehors du milieu urbain.

«Premièrement, une voie ferrée pour la grande vitesse serait significativement plus coûteuse et prendrait beaucoup plus de temps à construire. Ensuite, quand vous regardez le gain de temps sur des distances relativement courtes, par le temps que les trains atteignent la grande vitesse et doivent ensuite ralentir pour arrêter, nous avons découvert que l’accroissement de la vitesse n’offrira pas la meilleure efficacité quand on regarde le coût et le temps requis», a expliqué le ministre Alghabra.

Le TGF implique tout de même des réductions de durée de trajet importantes, soit de 30 minutes entre Montréal et Québec et de 90 minutes entre Toronto et Ottawa et, surtout, ajoute les composantes de fréquence et de fiabilité.

«Nous allons passer d’un taux de fiabilité d’à peu près 65 % à un taux de 95 %», a pour sa part fait valoir le président du Conseil du Trésor, Jean-Yves Duclos, aussi présent à l’événement.

«Ça va augmenter considérablement la fréquence et, donc, diminuer le temps d’attente», a-t-il ajouté. 

36 communautés autochtones sur le trajet prévu

La première phase consiste à mener des consultations avec les quelque 36 communautés autochtones qui se trouvent sur le tracé prévu. Parallèlement, bien que le projet prévoie des voies dédiées, il nécessite quand même des discussions avec les acteurs ferroviaires privés puisque ceux-ci contrôlent les accès ferroviaires dans les centres-villes qui seront desservis. Enfin, une évaluation environnementale doit également être réalisée.

Ottawa prévoit aller bon train puisque le lancement des appels d’offres pour trouver un partenaire privé afin de mener le projet à terme est prévu dès cet automne.

Une chose est déjà claire, toutefois, pour la portion québécoise du tracé: la liaison Montréal-Québec se fera sur la Rive-Nord et comprendra des arrêts à Trois-Rivières et à Laval. De plus, la desserte de Québec ne se limitera pas à la Gare du Palais, mais se rendra jusqu’à l’aéroport Jean-Lesage, où une nouvelle gare sera construite, «ce qui va aussi appuyer le développement de l’aéroport de Québec», a tenu à ajouter le ministre Duclos.

Le maire Régis Labaume, qui avait déjà exprimé dans le passé de vives inquiétudes de voir Québec oubliée lorsque le gouvernement conservateur précédent avait plutôt jonglé avec l’idée d’un TGV entre Montréal et Toronto, rayonnait.

«Pour un gars comme moi qui quitte bientôt, dans la même semaine une annonce comme celle d’aujourd’hui sur le TGF et un décret, demain (mercredi) de toute évidence, pour aller en appel de qualification pour le tramway, c’est quand même un bon début d’été et une belle fin de carrière», a-t-il lancé.

Électoraliste, réplique le NPD

Le chef adjoint du Nouveau Parti démocratique, Alexandre Boulerice,  y voit pour sa part une intention claire, quoi qu’en dise M. Champagne. Soulignant que les libéraux sont au pouvoir depuis six ans, cet intérêt soudain envers le projet ne laisse selon lui aucun doute sur les intentions du parti libéral du Canada: «Avec cette annonce, on sait maintenant qu’ils sont déjà en campagne électorale. Ils ont fait le même coup en 2019.»

Il s’interroge par ailleurs sur les détails de l’annonce.

«On parle d’investissements de l’ordre de 12 milliards? Où sont ces sommes? Les libéraux n’ont prévu que des miettes dans leur dernier budget. Nous allons nous battre pour que ce projet se concrétise», a-t-il conclu dans une missive à La Presse Canadienne.

Le Bloc Québécois a eu une réaction similaire, son porte-parole en matière de transport, Xavier-Barsalou-Duval, qualifiant l’annonce d’«énoncé d’intention qui a toute la nature d’une promesse électorale». Rappelant à son tour que le projet «figure parmi les promesses électorales libérales» depuis six ans et trois élections, il avertit les libéraux que cet «énième engagement des libéraux ne pourra toutefois être oublié et nous comptons bien veiller à ce qu’il se réalise, en talonnant notamment le gouvernement afin que les bottines suivent les babines».

M. Barsalou-Duval se réjouit par ailleurs de voir une desserte de Québec et Trois-Rivières incluse dans le projet. 

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