Ottawa modifie ses mesures pour protéger les baleines noires de l’Atlantique Nord

FREDERICTON — Le ministère fédéral des Pêches poursuivra ses efforts cette année pour protéger dans les eaux canadiennes les baleines noires de l’Atlantique Nord, en voie de disparition, mais il apporte aussi des changements afin de réduire les impacts sur les pêcheurs de crabe et de homard.

Le gouvernement a précisé jeudi qu’il procédera toujours à la fermeture des zones de pêche lorsque des baleines seront signalées dans ce secteur, mais il intensifiera auparavant la surveillance afin de déterminer si les baleines y restent. 

Jusqu’ici, une zone était fermée aux pêcheurs de homard et de crabe pendant 15 jours lorsqu’une baleine noire était signalée dans le secteur. À partir de cette année, une baleine devra être détectée à nouveau entre le neuvième et le 15e jour pour que cette fermeture se poursuive encore deux semaines dans la saison de la pêche, qui n’est pas très longue. 

La nouvelle a été bien accueillie par Jean Lanteigne, directeur général de la Fédération régionale acadienne, qui représente les pêcheurs de crabe du nord-est du Nouveau-Brunswick. «Je pense que nos arguments ont été entendus par le ministère», a-t-il dit en entrevue jeudi. 

Pour M. Lanteigne, il n’était pas logique de fermer une zone pendant toute la saison de la pêche, qui dure de huit à 10 semaines, si les baleines n’y passaient que brièvement. «Aujourd’hui, nous pouvons suivre le chemin des baleines de plus près. C’est notre quatrième année d’observation et nous comprenons mieux où elles veulent aller», soutient-il.

Dans la baie de Fundy et les bassins Roseway et Grand Manan, si une baleine est détectée pendant les jours 9 à 15, la zone sera fermée pendant 15 jours supplémentaires. Mais dans le golfe du Saint-Laurent, une deuxième observation entraînera automatiquement une fermeture pour toute la saison de la pêche.

Pas de cadavres en 2020 

Encore une fois cette année, le programme de surveillance du gouvernement fédéral mettra à profit plusieurs aéronefs, un drone, une surveillance des navires sur l’eau et des hydrophones sous-marins.

On n’a signalé l’an dernier aucun décès de baleines noires de l’Atlantique Nord ni d’enchevêtrements dans des engins de pêche en eaux canadiennes, mais au cours des cinq années précédentes, 25 décès avaient été enregistrés. On estime qu’il ne reste que 366 individus de cette espèce dans le monde.

Dimanche dernier, encore, on a retrouvé le cadavre d’un baleineau noir de l’Atlantique Nord sur une plage de la Floride. Les blessures affichées par le baleineau correspondaient à des marques causées par un impact avec un navire. Sa mère, «Infinity», aperçue mardi, montrait elle aussi des marques de blessures qui faisaient croire à une collision avec un bateau. 

«La saison dernière a démontré qu’en travaillant ensemble, nous pouvons protéger efficacement les baleines noires de l’Atlantique Nord, tout en continuant à mettre dans les assiettes des fruits de mer durables et de haute qualité au Canada et dans le monde entier», a soutenu jeudi la ministre des Pêches, Bernadette Jordan, dans un communiqué.

Les restrictions de vitesse des navires demeurent en vigueur dans une grande partie du golfe du Saint-Laurent, tandis que les bateaux de pêche bénéficieront d’une exemption dans les eaux de moins de 20 brasses, ou 37 mètres de profondeur.

La limite de vitesse obligatoire dans le golfe du Saint-Laurent est de 10 noeuds, soit environ 19 km/h, à compter du 28 avril. La même limite sera en vigueur pour les navires traversant le détroit de Cabot du 28 avril au 29 juin, puis du 29 septembre au 15 novembre, afin de protéger les baleines noires qui entrent et sortent du golfe du Saint-Laurent dans leurs migrations saisonnières annuelles.

Les tests de nouveaux engins de pêche qui permettraient aux baleines de se libérer en cas d’enchevêtrement ont par contre été retardés par la pandémie de COVID-19, de sorte que l’exigence du nouvel engin est reportée à la fin de 2022. «Nous commençons tout juste à les tester», a déclaré M. Lanteigne. 

Le gouvernement élargit également ses consultations et un groupe de travail technique composé de pêcheurs, de biologistes et de fonctionnaires du ministère se réunira tout au long de l’année. Une table ronde annuelle a déjà lieu chaque année en novembre.

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