Ottawa n’a pas créé de système d’approvisionnement sûr pour réduire les surdoses

OTTAWA — Plus d’un an après que le groupe d’experts du gouvernement fédéral a recommandé de créer un approvisionnement sûr en substances pour réduire la dépendance des gens aux drogues toxiques, le gouvernement n’a créé aucun système pour s’en procurer.

La ministre fédérale de la Santé mentale et des Dépendances, Carolyn Bennett, a affirmé lors d’une récente audience d’un comité parlementaire que le gouvernement élaborait un plan pour faire face à la crise des opioïdes.

Mais elle était moins précise par rapport aux mesures qu’elle prend pour assurer un approvisionnement sécuritaire.

«Je pense clairement qu’ils n’ont pas de plan pour un approvisionnement sûr», a mentionné le député néo-démocrate Gord Johns dans une entrevue.

M. Johns, porte-parole du parti en matière de santé mentale et de réduction des méfaits, a dit que Mme Bennett était vague sur la manière dont elle fournirait un approvisionnement sûr.

Selon les recommandations de juin 2021 du Groupe d’experts sur la consommation de substances de Santé Canada, un approvisionnement réglementé et sûr en opioïdes permettrait aux gens de ne pas se fier à l’offre non réglementée et très dangereuse de la rue.

La ministre de l’Approvisionnement, Filomena Tassi, a déclaré en mai à un comité de la Chambre des communes qu’elle prendrait des décisions sur l’approvisionnement en fonction des demandes provenant de Santé Canada et qu’elle travaille avec les provinces et les territoires par l’intermédiaire de la ministre de la Santé.

Lors d’une réunion du comité de la santé des Communes en juin, M. Johns a demandé à la ministre Bennett quelles mesures elle prenait pour accroître l’approvisionnement.

Elle a répondu que bien que le gouvernement ait approuvé la diacétylmorphine, ou héroïne injectable, comme nouvelle option de traitement pour les personnes souffrant de troubles graves liés à l’utilisation d’opioïdes, «la compagnie Pharmascience ne se prépare pas à la produire».

Elle a mentionné d’autres substances réglementées telles que le Dilaudid et le fentanyl en poudre, mais a précisé que les médecins devaient pouvoir les prescrire.

M. Johns a reproché à Mme Bennett de ne pas «avoir tendu la main pour demander à la ministre de l’Approvisionnement de se procurer un approvisionnement sûr». Il soutient que le gouvernement doit examiner un modèle d’approvisionnement sécuritaire qui comporte peu d’obstacles pour les personnes qui en ont besoin.

Faisant référence au travail du gouvernement pour acquérir des vaccins contre la COVID-19 pendant la pandémie, M. Johns a demandé pourquoi il ne faisait pas la même chose pour un approvisionnement en opioïdes.

«C’est parce que ça manque de volonté politique, ce n’est pas leur priorité, et ils manquent de courage», critique le néo-démocrate.

Le cabinet de la ministre Bennett n’a pas directement répondu à la question qui visait à savoir si elle et Filomena Tassi travaillaient ensemble pour se procurer un approvisionnement sûr en opioïdes.

«La délivrance de contrats pour un approvisionnement plus sûr en opioïdes est principalement une responsabilité provinciale et territoriale», a indiqué le cabinet de Mme Bennett dans un récent communiqué.

Santé Canada soutient actuellement 17 projets d’approvisionnement plus sûrs en Colombie-Britannique, en Ontario, au Québec et au Nouveau-Brunswick, pour un investissement total de plus de 63 millions de $, fait savoir le cabinet de la ministre Bennett.

Une solution qui sauverait des vies

La directrice générale de l’Association canadienne des personnes qui utilisent des drogues (CAPUD), Natasha Touesnard, a déclaré qu’elle ne pense pas que le gouvernement offrant un approvisionnement sécuritaire uniquement par le biais de programmes pilotes soit un modèle efficace, car les personnes qui consomment des drogues auront des opportunités inégales de services selon l’endroit où elles vivent.

La lenteur de l’action du gouvernement en matière d’approvisionnement sûr montre qu’il ne valorise pas la vie des personnes qui consomment de la drogue, soutient Mme Touesnard, qui était coprésident du groupe d’experts. Elle a demandé pourquoi le gouvernement n’agissait pas sur les recommandations de son propre groupe de travail.

«Pourquoi stagnons-nous encore dans cette crise? Nous vivons un traumatisme vicariant, le désespoir, la perte de personnes que nous aimons chaque jour, et c’est tellement traumatisant pour notre communauté de ne pas avoir le soutien du gouvernement pour apporter un changement», a-t-elle déclaré, ajoutant que cet approvisionnement sûr sauverait des vies et réduirait d’autres types de méfaits de surdose.

«C’est une perte de temps pour tout le monde de s’asseoir à table et d’avoir ces conversations, puis de les mettre sur une étagère pour collecter des données», a mentionné Mme Touesnard.

Elle croit qu’il serait également irresponsable sur le plan fiscal de maintenir le cap, les contribuables prenant en charge les frais de santé de ceux qui consomment des drogues toxiques illégales.

Le groupe de travail d’experts a confirmé dans son rapport de l’année dernière qu’il existe un «besoin urgent» d’approvisionnement sécuritaire pour faire face à la crise des surdoses.

Il a recommandé qu’un comité d’experts soit mis sur pied pour diriger la conception d’un «programme national d’approvisionnement plus sûr» pour environ un million de Canadiens qui, selon lui, risquent de mourir de la toxicité des drogues.

Depuis 2016, plus de 29 000 Canadiens sont décédés de causes apparentes liées aux opioïdes, selon l’Agence de la santé publique du Canada.

Ces décès ont considérablement augmenté depuis le début de la pandémie de COVID-19, et les taux de mortalité sont restés élevés depuis lors, a rapporté l’agence en juin.

Mme Touesnard a répété une observation fréquente faite dans la communauté touchée par la crise : «on dirait qu’ils parlent – nous, on meurt».

Cette dépêche a été rédigée avec l’aide financière des Bourses de Meta et de La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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