Ottawa n’a pas l’intention de ramener d’autres Canadiens de Syrie, ni adultes, ni enfants

OTTAWA — L’arrivée à Toronto d’une fillette de cinq ans en provenance d’un camp kurde où sont retenus des djihadistes et leurs familles n’annonce pas le début d’une série de rapatriements.

La petite Amira est présentée par le gouvernement canadien comme un «cas d’exception». Elle a pu retrouver son oncle, mais son aventure ne sera pas répétée pour les deux fillettes dont le documentaire «Poussières de Daesh» raconte l’histoire.

Elle ne servira pas non plus de précédent pour la vingtaine d’adultes canadiens qui ont choisi de rejoindre le groupe armé État islamique et qui sont maintenant prisonniers des Kurdes, coincés dans des camps avec leurs 25 enfants.

Le premier ministre Justin Trudeau et son ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, ont martelé, lundi, que cette petite est orpheline et qu’elle est le seul enfant dans pareille circonstance.

Ses parents avaient choisi de rejoindre la lutte des djihadistes et ils ont trouvé la mort dans un raid aérien. Son oncle torontois tentait depuis des mois de la récupérer.

«C’était une situation particulière et exceptionnelle», a déclaré M. Trudeau, en réponse à une question en conférence de presse. «On a travaillé depuis des mois pour élaborer une façon (de) la rapatrier. Il n’y a pas d’intention de faire d’autres opérations comme ça pour le moment», a-t-il tranché.

Le documentaire «Poussières de Daesh» a mis en lumière l’histoire de deux autres fillettes de deux Québécois radicalisés et tués en Syrie.

La soeur d’un de ces deux hommes, Leïla Sakhir, voudrait aussi ramener sa nièce au Canada. Mais dans le cas de cette enfant, tout comme dans celui de l’autre famille dont le documentaire raconte l’histoire, les deux mères, dont on ignore la nationalité, sont en vie.

Le gouvernement canadien n’a manifestement aucune intention de ramener au pays les 21 adultes canadiens qui ont choisi Daesh, pas même pour leur faire subir des procès.

«Nous devons assurer la sécurité des Canadiens ici au pays. (…) Notre politique n’a pas changé», a insisté le ministre Champagne, en point de presse, à sa sortie des Communes.

Réaction de l’opposition

Le chef conservateur Erin O’Toole réclame que l’aide portée à Amira soit offerte à d’autres enfants.

«Il y a plus d’un an, j’ai demandé à Justin Trudeau de prendre les mesures nécessaires pour réunir des enfants, comme Amira, avec leurs familles ici, au Canada. Le gouvernement libéral s’est enfin décidé à agir. Nous voulons voir un plan pour réunir d’autres enfants canadiens détenus dans des camps syriens avec leurs familles ici, au Canada», a écrit M. O’Toole dans un courriel.

«Les conservateurs ont été clairs sur le fait que les Canadiens qui rejoignent les rangs de l’ISIS doivent répondre de leurs actes et être traduits en justice, mais nous devons faire preuve de compassion envers les enfants canadiens détenus à l’étranger», a-t-il ajouté.

Le groupe Human Rights Watch a également critiqué le gouvernement canadien.

«Le gouvernement devrait cesser de fermer les yeux et admettre que (les 46 Canadiens) sont détenus dans des camps surpeuplés et dans des conditions qui menacent leurs vies», a écrit Farida Deif, porte-parole canadienne du groupe.

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