Ottawa ne sait pas si ses initiatives pour réduire l’itinérance portent fruit

OTTAWA — La vérificatrice générale, Karen Hogan, affirme que le gouvernement fédéral ne sait pas si ses initiatives visant à réduire l’itinérance chronique au pays fonctionnent réellement.

Dans un rapport déposé mardi, Mme Hogan souligne qu’aucune organisation n’a pris les rênes pour atteindre l’objectif du gouvernement fédéral de réduire l’itinérance chronique de 50 % d’ici 2028, par le biais de la Stratégie nationale sur le logement. 

La vérificatrice générale (VG) estime que les initiatives d’Infrastructure Canada et de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) n’étaient pas intégrées, et que ces deux organisations ne travaillaient pas de façon coordonnée pour atteindre les cibles du gouvernement.

Le rapport indique aussi qu’Infrastructure Canada et Emploi et Développement social Canada ne savent pas si leurs programmes améliorent les résultats en matière de logement pour les personnes en situation d’itinérance. 

La vérificatrice générale assure la surveillance du gouvernement fédéral en effectuant des vérifications de ses opérations et de ses comptes financiers. Le bureau de Mme Hogan a publié mardi quatre rapports qui évaluent la performance du gouvernement sur l’itinérance chronique, la gestion des urgences dans les communautés autochtones, la surveillance des eaux arctiques et la cybersécurité des informations personnelles.

«Quand je considère les quatre rapports d’audit de performance que nous avons livrés aujourd’hui, il s’en dégage un fil conducteur en ce que les organisations gouvernementales sont souvent lentes à utiliser efficacement les moyens à leur disposition pour produire les meilleurs résultats possibles pour tous et toutes», a indiqué Mme Hogan.

Elle a déclaré que les lacunes en matière de données sont courantes dans l’ensemble du gouvernement fédéral, ce qui rend difficile l’évaluation des progrès sur différents objectifs.

Mme Hogan a déclaré que ce qui est le plus frustrant pour elle en tant que vérificatrice générale, c’est que les ministères fédéraux sont au courant de ces lacunes. «Le fait qu’il y ait très peu d’actions concrètes est peut-être la chose la plus frustrante, dans la mesure où les ministères sont au courant, a-t-elle déclaré. Et alors, pourquoi ne prennent-ils pas les mesures nécessaires?»

Ces lacunes ont ainsi empêché la vérificatrice d’évaluer correctement si le gouvernement fédéral réduisait l’itinérance chronique comme promis.

Infrastructure Canada a dépensé 1,36 milliard $ pour réduire l’itinérance, dans le cadre du programme Vers un chez-soi entre 2019 et 2021. Or, l’audit révèle que ce ministère ne sait pas si l’itinérance a augmenté ou diminué durant cette période.

Des logements «abordables» qui ne le sont pas

Depuis 2018, la SCHL a dépensé 4,5 milliards $ en tant que chef de file de la Stratégie nationale sur le logement. Mais le rapport révèle que cette agence ne sait pas qui bénéficie de ses programmes.

La Stratégie nationale sur le logement a été annoncée par les libéraux en 2017 sous la forme d’un plan de plusieurs milliards de dollars sur 10 ans visant à offrir des logements abordables à un plus grand nombre de Canadiens. 

Dans son évaluation, la vérificatrice générale a également constaté que des logements locatifs approuvés dans le cadre du Fonds national de co‑investissement pour le logement que la SCHL considérait comme «abordables» étaient souvent inabordables pour des ménages à faible revenu. 

Un logement est considéré comme abordable lorsque le loyer représente moins de 30 % du revenu avant impôt du ménage.

Cependant, le loyer moyen des logements approuvés dans le cadre du Fonds national de co-investissement pour le logement était plus élevé que celui de plusieurs provinces et territoires. En 2020, au Nunavut, le loyer moyen représentait 46 % du revenu du ménage, tandis qu’en Ontario et au Manitoba, il dépassait 37 %. Au Québec, ce taux était de près de 27 %, et au Nouveau-Brunswick d’un peu plus de 28 %.

La vérificatrice générale estime que si Infrastructure Canada et la SCHL ne travaillent pas de façon coordonnée, et que leurs initiatives ne sont pas bien intégrées, il est peu probable que le gouvernement fédéral atteigne son objectif de réduire de moitié l’itinérance chronique d’ici 2028, selon le rapport.

Mme Hogan formule une série de recommandations, notamment la collecte et l’analyse «en temps opportun» des résultats annuels du programme sur l’itinérance.

Selon le rapport, Infrastructure Canada et la SCHL ont accepté les recommandations de la vérificatrice générale. Les ministres responsables devraient éventuellement répondre aux conclusions en conférence de presse.

Interrogé mardi matin, le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, a estimé que ce rapport «met en question l’approche du gouvernement libéral et de Justin Trudeau».

«Le fait qu’il ne peut pas vérifier que l’argent dépensé va régler le problème de l’itinérance, c’est un grand problème, a-t-il dit. On doit s’assurer que chaque dollar qu’on dépense va à régler le problème.» 

Questionné à savoir si le gouvernement Trudeau est un bon gestionnaire, M. Singh a répondu: «ce rapport montre que non (…)  mais avec nos efforts, notre leadership, on a poussé ce gouvernement à faire mieux».

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