Ottawa ne veut pas s’intéresser pour l’instant aux origines du coronavirus

WASHINGTON — Alors que flotte la thèse de l’accident de laboratoire chinois pour expliquer les origines de la pandémie de coronavirus, Ottawa restera concentré pour l’instant sur la sortie de crise sanitaire, a déclaré lundi la ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu.

Bien qu’il soit d’une importance vitale de connaître l’origine de ce SRAS-CoV-2, la priorité du Canada à l’heure actuelle doit être la santé et la sécurité des Canadiens, a déclaré Mme Hajdu lors de la conférence de presse quotidienne du gouvernement fédéral sur la pandémie, lundi à Ottawa. «Il y aura un temps, et beaucoup d’intérêt, pour comprendre comment ce virus s’est répandu dans l’espèce humaine», a déclaré la ministre Hajdu. Cette compréhension éclairera mieux les efforts visant à protéger les personnes contre les infections à l’avenir, a-t-elle précisé.

Ce qui ressemblait il y a plusieurs semaines à une classique théorie du complot semble maintenant gagner du terrain dans la communauté du renseignement aux États-Unis: l’épidémie pourrait émaner d’un laboratoire de virologie à Wuhan, en Chine, la ville où la COVID- 19 a été détectée pour la première fois fin décembre. On ne croit pas, par contre, que le virus ait été créé dans ce laboratoire.

Dans un communiqué, la semaine dernière, le bureau du Directeur du renseignement national aux États-Unis a indiqué que les agences américaines enquêtaient activement pour déterminer «si l’épidémie avait commencé par contact avec des animaux infectés ou si elle était le résultat d’un accident dans un laboratoire de Wuhan». Les États-Unis sont d’accord avec le «large consensus scientifique» selon lequel le virus n’est ni d’origine humaine ni génétiquement modifié, a-t-on précisé.

Thèse commode pour la Maison-Blanche

L’idée que l’Institut de virologie de Wuhan soit à l’origine de la pandémie est bien tentante, compte tenu de son emplacement et de sa proximité relative avec les soi-disant «marchés humides» longtemps présumés être le foyer original d’éclosion de la pandémie. Cette thèse concorde aussi parfaitement avec le discours de la Maison-Blanche, ces dernières semaines, voulant que la Chine soit directement à blâmer pour cette pandémie, qui avait fait lundi près de 67 500 morts aux États-Unis.

Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, déclarait encore dimanche sur ABC qu’il existait «d’énormes preuves» non seulement que le laboratoire de Wuhan soit à blâmer pour la pandémie, mais que Pékin se soit donné beaucoup de mal pour couvrir cette bévue — une allégation que les autorités chinoises ont vigoureusement niée depuis.

Interrogé dimanche soir à l’émission «Tout le monde en parle» sur les déclarations de Mike Pompeo, le premier ministre Justin Trudeau n’a pas voulu jeter maintenant la pierre aux Chinois. «Moi, je n’ai pas vu de preuves d’une façon ou d’une autre, a-t-il répondu. On va continuer de se poser ces questions-là. Mais moi, je passe mon temps à être préoccupé sur ce qui se passe maintenant et pas sur ce qui se serait passé il y a cinq ou six mois.»

La docteure Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada, soutient elle aussi qu’elle n’a vu aucune preuve spécifique indiquant que le laboratoire chinois soit à blâmer pour la pandémie. Elle a tout de même reconnu que pour l’instant, le monde avait plus de questions que de réponses sur les origines de l’épidémie. «Je ne pense pas que nous ayons vu des informations précises pour affirmer qu’il s’agit d’un accident de laboratoire ou d’une libération (accidentelle du virus), mais en même temps, nous ne connaissons pas l’origine exacte de ce virus», a déclaré la docteure Tam.

Bien que l’on pense généralement que le nouveau coronavirus provienne d’abord de chauves-souris, un autre animal aurait probablement dû être impliqué en tant qu’«hôte intermédiaire», afin de permettre au virus de faire le saut à l’humain. L’identité de cet hôte probable n’a pas été confirmée, mais des recherches préliminaires ont pointé vers le serpent ou le pangolin. «L’histoire naturelle, l’évolution du virus pourraient être découvertes dans quelques mois, mais parfois, on le découvre plusieurs mois après» son apparition, a expliqué la docteure Tam.

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