Ottawa pressé d’agir pour débarrasser les rues des opioïdes toxiques

OTTAWA — Le gouvernement fédéral subit des pressions pour que les consommateurs de drogues soient moins exposés à des opioïdes très toxiques, alors que le nombre de décès par surdose continue d’augmenter au pays.

La pression vient de responsables de la santé publique, mais aussi d’au moins un député libéral de Toronto, Nathaniel Erksine-Smith.

La direction de la santé publique de la Colombie-Britannique demande à Ottawa de se pencher sur la question de l’approvisionnement de drogues illégales, parfois «coupées» avec de puissants opioïdes synthétiques. On rappelle que cette province et d’autres régions du pays sont aux prises avec des drogues de rue mortelles parce que les usagers ne savent pas ce qu’ils consomment.

Richard Elliott, directeur général du Réseau juridique canadien VIH/sida, soutient qu’il est nécessaire de s’attaquer à la toxicité des drogues de rue si l’on veut réduire le nombre de décès par surdose.

Son organisme fait partie d’une coalition qui a souligné les résultats toxicologiques nationaux selon lesquels les opioïdes vendus sur le marché illégal étaient souvent contaminés par du fentanyl, un opioïde synthétique extrêmement puissant, qui entraîne une forte dépendance physique et psychologique. Ceux-ci peuvent être beaucoup plus puissants, la différence entre une dose ordinaire et une dose mortelle étant infime.

«Lorsque vous êtes en situation d’urgence et que ce que vous pouvez obtenir illégalement est largement contaminé et peut vous tuer même si vous souhaitez être en sécurité, comme le sont la plupart des gens, nous devons nous demander: « OK, comment pouvons-nous substituer quelque chose qui est plus sûr pour vous d’utiliser à ce que vous achetez actuellement dans la rue et qui tue trop de personnes »», a déclaré Richard Elliott dans une entrevue cette semaine.

La crise des opioïdes touche toutes les communautés de chaque province et territoire, a affirmé le porte-parole du NPD en matière de Santé, Don Davies, ajoutant que les Canadiens comprennent que des personnes perdent la vie en raison de drogues de rue empoisonnées.

«Personne ne préconise la consommation de drogue, a-t-il ajouté. Mais en tant que réponse de politique publique, nous pouvons contrôler l’offre, nous pouvons garder les gens en vie et c’est une meilleure approche de politique publique que de les laisser mourir dans la rue ou seuls chez eux.»

Don Davies a dit partager les préoccupations des défenseurs qui ont récemment exprimé leur crainte que les libéraux fédéraux ne veuillent pas s’attaquer au problème pendant une année électorale.

La ministre fédérale de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, dit avoir demandé à son ministère d’explorer les options permettant de réduire l’offre de substances toxiques l’automne dernier, ajoutant qu’elle attendait avec impatience de recevoir des conseils de la principale médecin en santé publique du Canada, Theresa Tam, sur la voie à suivre.

«Après avoir consulté de nombreuses parties prenantes, des professionnels et également des consommateurs de drogues, ils ont indiqué que nous devrions vraiment nous pencher sur la question de la sécurité des approvisionnements, a ajouté la ministre Petitpas Taylor. C’est exactement ce que nous faisons.»

Dans une entrevue en décembre, la docteure Tam avait affirmé à La Presse canadienne que la réduction de l’offre de drogues illicites dictée par le marché n’était pas facile.

«Je pense que mon appel est une réponse empreinte de compassion, avait-elle indiqué. Pour mettre en œuvre beaucoup de ces mesures, il faut que la société les appuie.»

Les commentaires de Theresa Tam sont intervenus après que l’Agence de la santé publique a montré que 94 pour cent des décès liés aux opioïdes en 2019 étaient classés comme des «intoxications accidentelles».

Près de 72 pour cent étaient des décès involontaires liés au fentanyl et à des substances liées au fentanyl hautement toxiques.

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