Ottawa promet 300 M $ pour aider les Rohingyas persécutés au Myanmar

OTTAWA — Des ministres fédérales ont promis une aide financière et un leadership diplomatique, mercredi, en assurant que le Canada mènera des efforts sur la scène internationale pour mettre fin à la campagne de violence ethnique menée contre les Rohingyas du Myanmar.

Mais la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, et sa collègue du Développement international, Marie-Claude Bibeau, se sont tout de même retrouvées sur la défensive en annonçant une aide canadienne inférieure aux attentes.

Bob Rae, l’envoyé spécial du premier ministre auprès du Myanmar, avait pressé le gouvernement, le mois dernier, de consacrer 600 millions $ au cours des quatre prochaines années afin d’aider les centaines de milliers de Rohingyas musulmans persécutés au Myanmar.

Les ministres Freeland et Bibeau ont toutefois annoncé mercredi, en conférence de presse à Ottawa, que le Canada versera 300 millions $ au cours des trois prochaines années, pour l’aide d’urgence ainsi que les programmes d’éducation et de santé reproductive. Elles ont admis que leur plan était moins ambitieux que ce que M. Rae avait demandé, mais elles ont néanmoins estimé que cette somme importante cadrait avec l’esprit des recommandations de l’envoyé spécial.

«Le Canada a la responsabilité de faire sa juste part et de prendre en considération qu’il y a plusieurs crises qui ont cours, a expliqué la ministre Bibeau. Alors, le fait de mettre 300 millions $ sur un horizon de trois ans, c’est une réponse qui est majeure: c’est la deuxième fois qu’on prend un engagement qui est pluriannuel, après la crise en Syrie, parce qu’on sait que nos partenaires ont besoin de cette prévisibilité-là pour être capables de travailler de façon efficace.»

L’aide devrait être acheminée par l’intermédiaire des Nations unies, du Comité international de la Croix-Rouge et de diverses organisations non gouvernementales, et visera en particulier à aider les femmes et les filles, surtout celles qui doivent faire face à des violences sexuelles.

«Nettoyage ethnique»

Le plan du gouvernement canadien pour cette crise humanitaire, décrite par Mme Freeland comme «un cas classique de nettoyage ethnique», est annoncé alors que des organismes non gouvernementaux sonnent l’alarme depuis des mois concernant le sort des Rohingyas.

La ministre Freeland a par ailleurs promis que le Canada soutiendrait tous les efforts pour exiger des comptes aux responsables de ce «nettoyage ethnique». Cela inclut l’imposition de sanctions à ceux qui sont présentement au sein du gouvernement ou de l’armée du Myanmar et qui seraient jugés responsables des atrocités commises contre les Rohingyas. Ottawa appuiera aussi tout renvoi, par le Conseil de sécurité de l’ONU, des présumés responsables devant la Cour pénale internationale.

«Ils feront face à la justice», a déclaré Mme Freeland. «La communauté internationale est témoin, nous sommes déterminés, nous nous en tiendrons à cela, nous récolterons les faits, il n’y aura finalement aucun endroit où (les responsables) pourront se cacher.»

Des groupes de défense des droits de la personne ont évoqué des exécutions massives, des viols et des incendies commis par les militaires du Myanmar, principalement bouddhistes, bien qu’Amnistie internationale ait signalé mercredi que des groupes armés rohingyas avaient massacré des dizaines d’hindous dans l’État d’Arakan.

«Il y a certainement de la violence des deux côtés, mais je pense qu’il est très important de ne pas brouiller les cartes ici», a déclaré Mme Freeland, qui a rappelé les rapports d’atrocités graves commises contre un million de Rohingyas. «L’objectif principal est que cessent les crimes contre les Rohingyas. Or, la persécution se poursuit et les gens continuent à fuir.»

Les deux ministres ont toutefois indiqué que le Canada n’avait aucune intention — du moins pour l’instant — de commencer à accueillir certains des quelque 700 000 Rohingyas qui ont fui le Myanmar et qui vivent maintenant dans des conditions sordides au Bangladesh voisin. Selon les ministres, Ottawa travaillera plutôt avec d’autres pays et avec l’ONU dans l’élaboration d’un vaste plan international de réinstallation, et le Canada sera prêt alors à accueillir les familles et les personnes les plus vulnérables. Entre-temps, le gouvernement accélérera les demandes de réunification de familles.

«La chose la plus importante à comprendre, c’est que les Rohingyas — la plus grande majorité d’entre eux — veulent retourner chez eux; c’est un désir absolument juste et naturel, a soutenu la ministre Freeland. Et notre but central, c’est de créer les conditions politiques qui permettront aux Rohingyas de retourner chez eux.»