Ottawa protège le chevalier cuivré… et le Port de Contrecoeur

CONTRECOEUR, Qc — Pêches et Océans Canada s’apprête à protéger l’habitat essentiel du chevalier cuivré au Québec, mais le projet de construction du Terminal maritime de Contrecoeur semble déjà exempté par la réglementation, selon les détails inscrits dans l’édition du 20 février de la Gazette du Canada.

D’après ce que l’on peut lire dans l’extrait concernant l’«Arrêté visant l’habitat essentiel du chevalier cuivré», l’objectif consiste à interdire «de détruire toute partie de l’habitat essentiel» du poisson qui possède le statut d’espèce en voie de disparition.

«L’arrêté en conseil proposé s’appliquerait à toute activité en cours ou future» pouvant mener à la destruction de l’habitat du chevalier cuivré. Cela inclut les frayères, les aires d’alevinage et les zones d’alimentation.

Voilà qui aurait pu remettre en question le projet du terminal maritime de Contrecoeur. L’Administration portuaire de Montréal (APM) planche sur ce projet de construction depuis de nombreuses années. On souhaite aménager les lieux afin d’y voir transiter annuellement quelque 1,15 million de conteneurs.

D’ailleurs, Québec a annoncé une aide de 55 millions $, le mois dernier, afin de soutenir la phase de démarrage du chantier.

Le projet d’expansion fait actuellement l’objet d’une évaluation environnementale fédérale dont le rapport est attendu au printemps. On souligne également dans le texte de la Gazette du Canada que l’APM devrait éventuellement déposer une demande de permis «en vertu de la Loi sur les pêches ou de la (Loi sur les espèces en péril)» afin de «mener légalement des travaux» dans le fleuve.

Or, avant même le dépôt d’une telle demande de permis et alors même qu’il reconnaît les risques du projet, Ottawa déclare que le chantier devrait être approuvé sans difficulté.

«Le projet de port à conteneurs devrait avoir des répercussions sur les poissons et leur habitat, y compris le chevalier cuivré et son habitat essentiel. Cependant, basé sur l’information qui a été fournie jusqu’à présent et la compréhension actuelle des impacts anticipés, le MPO est de l’avis que ces impacts peuvent être évités, atténués et compensés», annonce le ministère.

En conférence de presse virtuelle, en janvier, le président-directeur général de l’APM, Martin Imbleau, avait promis des «compensations très importantes pour mitiger l’impact sur le chevalier cuivré».

Il se disait confiant de pouvoir lancer les travaux à l’automne. Trois consortiums ont déjà été invités à soumettre une offre en vue de décrocher le contrat de construction estimé entre 750 millions $ et 950 millions $.

L’habitat essentiel désigné du chevalier cuivré inclut les herbiers du fleuve Saint-Laurent et de la rivière Richelieu, ainsi que les rapides en aval des barrages de Saint-Ours et de Chambly sur la rivière Richelieu. On précise que les adultes préfèrent les herbiers des îles et archipels du Saint-Laurent.

Consultation publique

Dans un communiqué de presse conjoint, la ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, Bernadette Jordan, et le ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Jonathan Wilkinson, ont annoncé qu’une consultation publique de 30 jours s’enclenche automatiquement à la suite de la publication de la proposition d’arrêté.

À partir de maintenant, tous les Canadiens interpellés par le dossier sont invités «à faire part de leurs commentaires» sur le site web de la Gazette du Canada jusqu’au 21 mars prochain. «La participation du public aux périodes de commentaires est une étape importante pour nous assurer que nous protégeons les espèces au profit de divers écosystèmes», mentionne-t-on dans le communiqué de presse.

La Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP) et le Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE) n’ont pas perdu de temps pour faire savoir qu’ils étaient «très préoccupés» par l’exemption que l’on semble accorder au terminal de Contrecoeur.

Les deux organismes parlent de «commentaires inappropriés et irresponsables» du gouvernement fédéral. La SNAP et le CQDE annoncent du même coup leur intention de poursuivre leurs recours judiciaires pour assurer une véritable protection du chevalier cuivré.

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