Ottawa sous-estimerait les impacts du port de Contrecoeur, selon des biologistes

CONTRECOEUR, Qc — Des biologistes et experts de l’écosystème du fleuve Saint-Laurent ont publié, mercredi, un avis scientifique dénonçant les impacts du projet d’agrandissement du Port de Montréal à Contrecoeur. Selon ces spécialistes de la conservation, les impacts du chantier sur le chevalier cuivré, une espèce en voie de disparition, sont grandement sous-estimés par les autorités fédérales.

Parmi les éléments dénoncés par ces experts, on retrouve les mesures de mitigation proposées par l’Administration portuaire de Montréal (APM) pour justifier la destruction de l’habitat essentiel du chevalier cuivré. Des propositions qui n’auraient tout simplement aucun fondement scientifique.

L’APM appuie son argumentaire pour la destruction d’herbiers dans le Saint-Laurent sur sa promesse d’aménager des espaces similaires en compensation. Pour les biologistes spécialistes du fleuve, cela ne tient pas la route puisque s’il existait d’autres endroits propices à de tels habitats naturels, il y aurait déjà des herbiers.

«Les évidences disponibles dans la littérature scientifique indiquent plutôt que les mesures de compensation de l’habitat du poisson appliquées au Canada se traduisent en général en une perte nette de productivité d’habitat», peut-on lire dans les conclusions de l’avis scientifique.

Leur analyse du dossier soulève également d’importantes lacunes dans l’évaluation des conséquences liées à la remise en suspension de «quantités importantes de contaminants», dont une «forte contamination par les butylétains» associés aux navires-cargo. Les données évaluées jusqu’ici seraient insuffisantes pour «déterminer l’ampleur réelle de la contamination par les butylétains dans la zone ciblée par le projet d’expansion portuaire».

«Le rapport (d’évaluation environnementale fédérale) fait mention que le promoteur a fait faire des analyses, mais on n’a pas accès aux données, puis il en conclut que la contamination en butylétains est négligeable alors qu’Environnement Canada, dans un document publié en 2014, indique que ce secteur-là a l’une des plus fortes concentrations au Québec», pointe Alain Branchaud de la section Québec de la Société pour la nature et les parcs (SNAP) qui y voit une importante incohérence.

Les biologistes craignent que ces contaminants toxiques viennent nuire à la reproduction du chevalier cuivré, ce qui causerait un tort majeur à une espèce en péril. D’ailleurs des scientifiques travaillent depuis des décennies à soutenir la reproduction de l’espèce afin que sa population retrouve son autonomie.

Pour le biologiste Pierre Dumont qui lutte pour sauver ce poisson endémique au Québec, qu’on ne retrouve nulle part ailleurs sur la planète, l’évaluation environnementale néglige aussi les conséquences de la turbidité de l’eau sur l’écosystème des herbiers où vit le chevalier cuivré.

«La majorité des effets sont pris en considération, mais essentiellement dans un type « on va suivre et on verra bien ». Mais on fait quoi après si on a une situation qui accroît considérablement la turbidité?», s’interroge-t-il.

L’avis scientifique a été rédigé conjointement par Louis Bernatchez, titulaire de la chaire de recherche du Canada en génomique et conservation des ressources aquatiques, ainsi que par des biologistes cumulant des décennies d’expérience dans le domaine, Pierre Dumont, Yves Mailhot et Alain Branchaud.

Le document a été transmis la semaine dernière aux ministres compétents, soit la ministre des Pêches et Océans Bernadette Jordan et le ministre de l’Environnement et du Changement climatique Jonathan Wilkinson. Aucune réponse n’aurait été reçue à l’exception des accusés de réception d’usage.

Rappelons que l’APM souhaite agrandir ses installations portuaires dans la grande région de Montréal en aménageant un nouveau site permettant de faire transiter jusqu’à 1,15 million de conteneurs à Contrecoeur. L’endroit se trouve cependant en plein cœur de l’habitat essentiel à la survie du chevalier cuivré, la toute première espèce faunique ayant obtenu le statut officiel d’espèce menacée au Québec en 1999.

Malgré ce statut, ainsi que la protection de la Loi sur les espèces en péril (LEP) qui lui a été accordée en 2007, le gouvernement fédéral a autorisé le projet à aller de l’avant et en vertu d’un Rapport d’évaluation environnementale favorable dévoilé le 1er mars dernier.

Le dernier rempart de protection qu’il reste au chevalier cuivré repose sur l’article 73 de la LEP qui interdit la destruction de l’habitat essentiel d’une espèce protégée.

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