Ottawa soutient qu’il a «amélioré» le contrat de blindés pour l’Arabie saoudite

OTTAWA — Le bilan de l’Arabie saoudite en matière de droits de la personne demeure troublant, reconnaît le ministre des Affaires étrangères du Canada, mais il soutient que le nouveau contrat de vente de véhicules blindés légers est meilleur que celui signé par le précédent gouvernement conservateur.

C’est l’explication qu’a offert le ministre François-Philippe Champagne, jeudi, pour défendre la décision du gouvernement fédéral d’annoncer cette modification au controversé contrat de 14 milliards $ quelques heures avant le début du congé de Pâques. L’entente a été signée le 31 mars dernier.

Selon le ministre, la nouvelle version fait en sorte de rendre les termes plus transparents en plus d’éliminer le risque financier pour le Canada dans le cas où la délivrance de futurs permis d’exportation serait retardée ou refusée en cas de violation des garanties d’utilisation finale.

Des groupes de défense des droits de la personne jugeaient en effet que la vente des véhicules par le Canada était inappropriée parce que l’Arabie saoudite pouvait les utiliser pour violer les droits de son propre peuple. Le gouvernement a toujours soutenu qu’il n’avait trouvé aucune preuve que les véhicules avaient été utilisés à cette fin.

François-Philippe Champagne a tenu à préciser que cet accord ne doit pas être perçu comme un rapprochement entre les deux États alors que l’Arabie saoudite a coupé les liens avec le Canada à la suite d’un message publié sur Twitter par l’ex-ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, en août 2018.

Celle-ci avait critiqué les violations des droits de la personne dans le Royaume.

Par la suite, Ottawa a suspendu la délivrance de tout nouveau permis d’exportation vers l’État saoudien. Le Canada a également entrepris la révision du contrat sur les véhicules blindés légers en réaction au meurtre du journaliste du Washington Post Jamal Khashoggi, en octobre 2018.

«Le bilan de l’Arabie saoudite en matière de droits de la personne demeure troublant, particulièrement en ce qui concerne les droits civiques et politiques ainsi que les droits des femmes», a réitéré le ministre Champagne en ajoutant que le Canada continuerait de plaider en faveur de la libération de Raif Badawi. Le blogueur, dont l’épouse s’est réfugiée au Canada, est toujours détenu en Arabie saoudite. 

La nouvelle entente sur les véhicules militaires n’aurait aucun lien avec la situation actuelle dans l’industrie pétrolière, a aussi tenu à préciser M. Champagne.

«Je peux vous assurer que cela n’a rien à voir avec la COVID-19 ou quoi que ce soit qui puisse survenir sur le marché du pétrole», a assuré le ministre.

Le gouvernement libéral fait l’objet de pressions constantes, depuis qu’il a pris le pouvoir en 2015, pour annuler le contrat de 14 milliards $ conclu entre l’Arabie saoudite et l’entreprise General Dynamics Land Systems-Canada, en Ontario. Certains s’inquiètent du piètre bilan de l’Arabie saoudite en matière de droits de la personne, et se demandent si le royaume n’utilisera pas ces blindés légers pour réprimer la dissidence dans le pays.

Les libéraux soutenaient qu’ils avaient les mains liées par les dispositions de confidentialité du contrat, négocié par le gouvernement conservateur de Stephen Harper en 2014, et que son annulation pourrait coûter des emplois dans le secteur manufacturier au pays.

«Nous pouvons confirmer que l’annulation de ce contrat de 14 milliards $, voire la simple divulgation de l’une de ses conditions, aurait pu entraîner des dommages de plusieurs milliards de dollars pour le gouvernement du Canada, et que ceux-ci auraient pu s’élever à la valeur totale du contrat», soutiennent jeudi dans un communiqué le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, et son collègue des Finances, Bill Morneau.

«Cela aurait menacé les emplois de milliers de Canadiens, non seulement dans le sud-ouest de l’Ontario, mais aussi dans toute la chaîne d’approvisionnement de l’industrie de la défense, qui comprend des centaines de petites et moyennes entreprises.»

Les deux ministres estiment que la nouvelle entente, plus transparente, respectera le droit canadien et les valeurs canadiennes, notamment au chapitre des droits de la personne. Cette entente «inclut maintenant la possibilité de communiquer aux Canadiens de manière plus transparente certaines conditions du contrat».

Ottawa annonce par ailleurs qu’il crée un groupe consultatif d’experts indépendants pour examiner les meilleures pratiques en matière d’exportation d’armes, afin de mieux se conformer au Traité des Nations unies sur le commerce des armes (TCA). Le gouvernement annonce également qu’il entreprend «des discussions multilatérales» sur les moyens de renforcer la conformité internationale au TCA, «en vue de la mise en place d’un régime d’inspection international».

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