Ottawa suit de près l’enquête demandée par Washington sur le homard canadien

HALIFAX — La ministre du Commerce international affirme qu’elle suit de près l’enquête commerciale sur l’industrie canadienne du homard demandée par l’administration du président américain Donald Trump.

La ministre Mary Ng a indiqué lundi que son gouvernement défendrait toujours les industries canadiennes.

«Nous sommes bien sûr au courant de l’enquête et nous garderons un œil attentif sur les développements», a-t-elle déclaré aux journalistes à Toronto, au sujet de l’enquête de la Commission du commerce international des États-Unis. «Il est certain que l’industrie du homard peut compter sur notre gouvernement.»

L’industrie canadienne s’est emparée de la majeure partie du marché chinois, que les Américains ont perdu après que la Chine a imposé un tarif de 35 % sur les exportations américaines de homard. Le Canada a également vu ses exportations de homard croître en Europe après avoir signé l’Accord économique et commercial global, ou AECG, avec l’Union européenne, ce qui lui a donné un avantage tarifaire sur ses concurrents américains.

Cependant, l’administration Trump a récemment signé un accord avec la Chine qui élimine le tarif de 35 %. Les États-Unis ont également signé un accord distinct avec l’Europe qui supprime un tarif douanier sur les homards américains, qui avait auparavant profité au Canada.

Le Conseil canadien du homard croit qu’il est peu probable que l’enquête de l’administration Trump sur les exportations de homard du Canada ait un impact majeur sur l’industrie.

Le directeur général Geoff Irvine a déclaré lundi que les industries du homard du Canada et des États-Unis sont maintenant de retour sur un pied d’égalité. «Il ne devrait y avoir aucun impact», a dit M. Irvine. «Ils font simplement une étude de notre industrie, des tendances de l’exportation, des tarifs entre les pays et de l’impact économique. Je ne m’attends à aucun impact sur notre industrie.»

Des motivations politiques

Kristin Vekasi, professeure de sciences politiques à l’Université du Maine, affirme que le moment de l’annonce de l’administration Trump — un peu plus de deux mois avant l’élection présidentielle du 3 novembre — suggère des motivations politiques.

Le président Trump s’est rendu le 24 juin dans le Maine, qui compte quatre votes du collège électoral. Il avait remporté la région du nord de l’État, productrice de homard, lors de l’élection présidentielle de 2016.

«Le président a pris beaucoup de décisions exécutives au cours du dernier mois pour essayer de faire appel à ces électeurs et c’est probablement l’une de ces décisions (…) jouant sur les griefs internationaux», a analysé Mme Vekasi en entrevue avec La Presse Canadienne, lundi.

Dans le nord du Maine, on craint que les exportateurs canadiens de homard aient obtenu une grande partie du marché chinois en 2019 à cause des tarifs punitifs imposés par Pékin dans la foulée du différend commercial entre les États-Unis et la Chine, a-t-elle expliqué.

«Une fois que les modèles commerciaux changent, ils ont tendance à rester assez statiques», a indiqué Mme Vekasi. «On craint (dans le Maine) qu’une fois que ces nouveaux marchés et ces nouveaux schémas logistiques ont été établis, ils ne reviennent pas automatiquement là où ils étaient avant les frictions commerciales.»

Le homard est le plus important produit d’exportation du Maine, avec des expéditions d’une valeur d’environ 468 millions $ US en 2019.

Lorsque M. Trump s’est rendu dans le Maine en juin, il a participé à une table ronde avec l’industrie de la pêche et annoncé qu’il rouvrait à la pêche commerciale le Northeast Canyons and Seamounts Marine National Monument, une aire marine protégée au large de la côte de la Nouvelle-Angleterre.

Margaret O’Laughlin, responsable des affaires publiques à la Commission du commerce international des États-Unis, a déclaré lundi que l’agence établirait «des conclusions objectives et des analyses indépendantes sur les sujets étudiés».

«La commission ne fait aucune recommandation sur la politique ou d’autres questions dans ses rapports généraux d’enquête», a-t-elle indiqué dans un courriel.

Les conclusions de la commission seront publiées en janvier, mais une audience publique aura lieu le 1er octobre — environ un mois avant les élections américaines.

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