Ottawa veut une relance qui tient compte de l’impact de la crise sur les femmes

OTTAWA — Les femmes ayant été plus durement frappées par la pandémie de COVID-19, le gouvernement fédéral cherche à déterminer comment ses efforts de relance pourraient les aider à retourner au travail, à mieux gagner leur vie et à décrocher des emplois stables.

Plus souvent employées à temps partiel et dans des secteurs qui se sont avérés vulnérables à la crise, les femmes ont été relativement plus nombreuses que les hommes à se retrouver sans emploi dans les dernières semaines. Statistique Canada rapportait ce mois-ci que 1,5 million de travailleuses ont perdu leur emploi en mars et avril.

Le plan de relance du gouvernement fédéral pourrait offrir l’occasion de remédier à certaines des inégalités sociales mises en évidence par la pandémie, comme le fait que les femmes composent la grande majorité de la main-d’oeuvre en soins de santé, en services de garde et en soins aux aînés.

Beaucoup désignent les services de garde comme le besoin le plus criant afin d’aider les femmes à retourner au boulot.

L’experte en politiques sociales de l’Université Carleton Jennifer Robson prévient que les mises à pied temporaires et les heures réduites pourraient rapidement se transformer en licenciements permanents si les entreprises sont prêtes à rouvrir, mais les parents ne sont pas prêts à revenir au travail, faute de services de garde pour leurs enfants.

Les mères sont responsables de 40% des revenus des ménages au Canada, ce qui représente une part importante de l’économie, souligne Jennifer Robson. Mais cela signifie également que les familles sans options de gardiennage feront face à un sérieux problème.

«Quelqu’un doit bien rester avec les enfants et beaucoup de signaux économiques pousseront probablement les femmes à être cette personne qui restera à la maison», anticipe la professeure, qui a récemment été appelée à conseiller le premier ministre Justin Trudeau.

Puisque les femmes représentent environ la moitié de la population active au pays, la reprise économique est mathématiquement impossible sans leur retour au travail, explique Armine Yalnizyan, une boursière de la Fondation Atkinson qui a également été sollicitée par le cabinet du premier ministre.

Les parents devront avoir confiance en la sécurité des installations en garderie. Les mesures de distanciation physique limiteront sans doute les places disponibles, ce qui en fera des denrées prisées, expose Mme Robson.

C’est là où des investissements dans les infrastructures sociales seront nécessaires, ce qui pourrait inclure le recours temporaire à d’autres installations communautaires pour la garde d’enfants, illustre-t-elle.

Mme Robson estime qu’il faudra également clarifier quels congés sont à la disposition des parents ou tuteurs qui ne seraient pas en mesure de reprendre le travail immédiatement. Chaque province a ses propres normes et limites de temps, et il y a un autre encadrement pour les travailleurs sous réglementation fédérale.

Justin Trudeau a déclaré que l’objectif principal de son gouvernement reste la gestion de la crise et qu’il serait prématuré de parler de plans de relance économique. Mais des discussions sont déjà en cours sur la manière de rebâtir un pays plus compétitif et résilient, avec une économie «à l’épreuve de l’avenir», selon un haut fonctionnaire du cabinet du premier ministre, qui a parlé à La Presse canadienne sous couvert d’anonymat parce qu’il n’était pas autorisé à s’exprimer publiquement sur le sujet.

Cette source anonyme a confirmé que les services de garde font partie de ces discussions, tout comme les moyens de remédier aux vulnérabilités du système de soins aux aînés. Les problèmes rencontrés dans ces deux systèmes se chevauchent, comme les bas salaires des travailleuses en garderie et préposées aux bénéficiaires malgré la forte demande pour leurs services.

Des normes fédérales qui respectent les juridictions provinciales sont clé, a déclaré le fonctionnaire.

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