Pacte fiscal: l’opposition accuse Couillard d’avoir rompu une promesse

QUÉBEC – Le pouvoir de décréter des conditions de travail demeure le meilleur moyen de rétablir le rapport de forces des municipalités dans leurs relations de travail, a déclaré mercredi la présidente de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), Suzanne Roy.

Elle a fait cette déclaration alors qu’un dirigeant syndical a soutenu que le ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux, n’a pas l’intention d’accorder ce pouvoir aux villes.

Dans une conférence conjointe avec M. Coiteux, au sujet d’allégements administratifs proposés dans la gestion municipale, Mme Roy a répété la demande de ses membres.

«Pour nous, c’est encore le meilleur moyen, a-t-elle dit. C’est le décret des conditions de travail ultimement, sur la base, d’abord et avant tout, de négociations de bonne foi et d’équilibre des parties.»

M. Coiteux a rappelé mercredi que la signature du gouvernement dans le dernier pacte fiscal se limitait à rétablir le rapport de force des municipalités dans leurs relations de travail.

«On n’écarte pas le choix des meilleurs moyens, a-t-il dit. On n’écarte aucun mécanisme, on va prendre le meilleur mécanisme.»

Mme Roy attendra le dépôt du projet de loi du gouvernement avant de conclure que le droit de décréter des conditions de travail ne sera pas donné aux villes.

«Mais je ne comprends pas que ce n’est plus là, moi, en tout cas, a-t-elle dit. Quand on dit tous les moyens, on va regarder tous les moyens.»

En septembre dernier, le premier ministre Philippe Couillard avait déclaré que le nouveau pacte fiscal de 3,2 milliards $ conclu avec les municipalités ferait «sauter un verrou» qui déséquilibrait le rapport de forces en faveur de leurs employés depuis trop longtemps.

Selon M. Couillard, la proposition du gouvernement devait contribuer à mieux contrôler les demandes des employés municipaux, dont les conditions de travail constituent une part importante des dépenses des municipalités.

En février, questionné au sujet du pouvoir de décréter, à Montréal, M. Couillard avait déclaré que «le travail est en cours, on va remplir cet engagement».

Lors d’un point de presse, mercredi, le directeur québécois du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), Marc Ranger, a affirmé que M. Coiteux lui a confirmé que les municipalités n’obtiendront pas le droit de décréter les conditions de travail.

«Il nous a dit clairement qu’il ne donnerait pas le pouvoir de décréter aux maires, ça c’était clair, quatre fois», a-t-il dit.

Selon M. Ranger, pareille augmentation du pouvoir des maires serait annulée devant les tribunaux.

«Donner ce pouvoir excessif à des maires, ça n’a aucun bon sens, a-t-il dit. Et la Cour suprême renverserait ça du revers de la main.»

Le chef caquiste François Legault a soutenu que le gouvernement veut reculer sur son engagement de donner aux municipalités le pouvoir de décréter des conditions de travail.

«Je ne pense pas que c’est le changement de ministre qui a à voir dans le changement de décision, a-t-il dit. C’est plutôt encore un recul d’un premier ministre mou qui ne sait pas où il s’en va, un premier ministre qui n’a pas de vision, un premier ministre qui n’a pas de plan clair, un premier ministre qui ne comprend pas les vrais enjeux.»

Martin Coiteux a succédé à Pierre Moreau qui, alors qu’il était aux Affaires municipales, avait conclu le pacte avec les municipalités l’automne dernier.

Le chef intérimaire péquiste Sylvain Gaudreault a soutenu que le gouvernement avait laissé miroiter des choses impossibles aux municipalités.

«Il rompt sa promesse, il rompt les engagements qu’il avait pris et tout le monde est contre le gouvernement», a-t-il dit.

M. Gaudreault a affirmé que les municipalités avaient accepté des compressions dans leurs transferts en échange d’un pouvoir de régler les différends lors des négociations avec leurs employés.

«C’est irresponsable d’avoir travaillé comme le gouvernement l’a fait en disant: ‘signez ici en bas du pacte fiscal, sur cinq ans, ça équivaut à 1 milliard $ de moins pour les municipalités et en échange on va vous donner le pouvoir de décréter’», a-t-il dit.

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« Le pouvoir de décréter les conventions collectives »: » Le décret des conditions de travail ». Comment peut-on arriver, sans rire, à un tel imbroglio dans l’énoncé d’un pacte, d’une convention, d’une négociation? La sémantique n’est sûrement pas le fort de nos ministres!
Sans tomber dans la dictature, il y a des moyens de limiter, s’il y a lieu, la montée des salaires, à condition qu’on ne vise pas uniquement les petits travailleurs mais également les gros salariés. Une directrice des Caisses populaires qui gagne 3 millions, d’autres directeurs, 6 millions, et qui déterminent eux-mêmes leur salaire, c’est un exemple qui amène la population à exiger plus pour elle-même. La solution pour régler le problème des salaires, c’est la comparaison avec les salaires d’autres travailleurs comparables. Comparer les travailleurs du gouvernement avec ceux du privé, ce n’est pas nécessairement une bonne comparaison; qui exagère, celui qui se défend et qui obtient plus, ou celui qui le laisse berner et qui n’obtient que ce que mérite un paresseux?