Pandémie: des vies de plus auraient pu être sauvées, juge la Commissaire à la santé

MONTRÉAL — Des vies de plus auraient été sauvées lors de la pandémie de COVID-19, si le système de soins de santé du Québec avait été réellement orienté sur les besoins de la population, juge la commissaire à la santé et au bien-être, chargée d’évaluer la qualité des soins donnés aux aînés lors de la pandémie.

Les problèmes du réseau de la santé sont connus depuis longtemps, tout comme leurs solutions, a martelé Joanne Castonguay mardi lors d’un breffage technique destiné aux médias.

Et ils doivent être réglés maintenant, sinon, «on va frapper un mur», a-t-elle ajouté.

Mardi, elle a livré un rapport détaillant les témoignages de centaines de Québécois qui lui ont fait part de leurs expériences, points de vue et pistes de solutions pour améliorer les soins et services offerts aux aînés.

Ils ont été qualifiés «d’angle mort» du système de santé par certains, vu le manque de personnel, de gestionnaires responsables sur place, de matériel de protection et de médecins dans les milieux de vie des aînés.

Ces témoignages ont confirmé des constats déjà tranchés par la commissaire, a-t-elle expliqué, notamment celui-ci: les problèmes du réseau déjà connus, comme le manque d’infirmières et les systèmes d’information désuets, ont été exacerbés par la pandémie de COVID-19.

Mme Castonguay estime donc que son rôle vise à déterminer pourquoi des solutions n’ont pas encore été mises en place. 

Sinon, on va frapper un mur, dit-elle, car on ne peut continuer à ignorer ces problèmes, notamment parce que les coûts du système de soins de santé vont exploser.

Elle refuse de jeter le blâme sur un gouvernement en particulier: les problèmes découlent de plusieurs facteurs, juge-t-elle, auxquels plusieurs gouvernements ont contribué, soit parce qu’ils n’ont pas reçu le mandat d’effectuer des changements, soit par «manque de courage». «Je pense que c’est un peu des deux», a-t-elle dit. 

Mais cela pose une autre question: les mécanismes d’imputabilité fonctionnent-ils? se demande-t-elle.

Ce rapport de consultation est le premier livré par la commissaire. Un rapport d’étape doit ensuite être dévoilé en juin: il se penchera plus en détail sur la gestion de la pandémie.

«Ces travaux nous permettront de formuler des recommandations en vue de lever les blocages qui ont empêché notre système de soins et services aux aînés d’être prêt et suffisamment agile pour faire face à la pandémie. Nous sommes convaincus que, si le système avait été réellement orienté sur les besoins de la population, des vies de plus auraient été sauvées.»

Le mandat général de la commissaire est d’informer le gouvernement et la population sur les enjeux et la performance du système de santé du Québec. Il est aussi de conseiller le gouvernement sur les décisions à prendre. Mme Castonguay a de plus reçu un mandat spécial en août dernier, soit d’examiner spécifiquement les soins reçus par les aînés lors de la crise sanitaire.

Elle n’est d’ailleurs pas la seule à se pencher sur leur sort: la coroner enquête sur les décès survenus en CHSLD et autres résidences pour aînés, tout comme la Protectrice du citoyen.

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